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OEUVRES

DE MOLIÈRE.

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PARIS.— DE L'IMPRIMERIE DE RIGNOUJf.

Rue des Fr^ncs-BourgeoliTS.-MichlPl « n** 8*

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ec> Azo&s

flDIÊ M(DILIÎÈM

UÎÏ COMMENTAIRE HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE;

PRECéoiES

DU TABLEAU DES MOEURS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE , £T DE LA VIE DE MOLIÈRE ,

PAR M. PETITOT.

TOME CINQUIÈME.

' PARIS.

J. P. AILLAUD, QUAI VOLTAIRE, N» 11.

M DCCC XXIX.

0*1929 B 1C

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GEORGE DANDIN,

OÙ

LE MARI CONFONDU,

COMÉDIE

EN TROIS ACTES ET EN PROSE,

Représentée à Versailles, U iS juillet i6ô8; et à Paris, sur le théâtre du Palais-Rojal ^ le 9 norembre de la même année.

MoLikRB. 5.

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PERSONNAGES.

GEORGE DANDIN9 riche paysan , mari d'Angélique. ANGELIQUE, femme de George Dandin, et fille de M. de

Sotenvîlle. Monsieur DE SOTENVILLE)^ gentilhomme campagnard,

père d'Angëlique. Madame DE SOTENVILLK CLITANDRE, amant d'Angëlique. CLAUDINE, suivante d'Angëlique. LIIBIN, paysan servant Qitandre. COLIN, vtlet de George Dandin.

La scène est devant la maison de George Dandin , à la caio];)agne.

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GEORGE DANDIN,

OU

LE MARI CONFONDU. ACTE PREMIER.

SCÈNE I.

GEORGE DANDIN*

Ah 1 qu^iine femme demoiselle est une étrange affaire ! et que mon mariage est une leçon bien parlante à tous les paysans qui veulent s*élever au-dessus de leur condition , et s'allier, comme j'ai fait, à la maison d'un gentilhomme I La noblesse de soi est bonne, c'est une chose considérable assurément; mais elle est accompagnée de tant de mau^- yaises circonstances, qu'il est très-bon de ne s'y point frotter. Je suis devenu là-dessus savant à mes dépens, et connois le style des nobles lorsqu'ils nous font, nous autres, entrer dans leur famille. L'alliance qu'ils font est petite avec nos personnes, c'est notre bien seul qu'ils épousent: et jaurdis bien mieux fait, tout ricbe que je suis, de m'allier en bonne et franche paysannerie, quer de prendre une femme qui se tient au-dessus de moi, s'offense de porter mon nom, et pense qu'avec tout mon bien je n'ai pas assez acheté la qualité de son mari.

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4 GEORGE DANDIN.

George Dandin! George Dandin! vous avez fait une sot- tise la plus grande du monde. Ma maison m^est effroyable maintenant, et je ny rentre point sans y trouver quelque chagrin.

SCÈNE II. GEORGE DANDIN, LUBIN.

GEORGE DANDIN, à part, voyant sortir Lubin de chez lai.

Que diantre ce drôle-là vient-il faire chez moi?

LUBIN, k part , apercevant George Dandin. Voilà un homme qui me regarde!

GEORGE DAKDIK, k patt»

II ne me connoit pas.

LUBIN, à part.

Il se doute de quelque chose.

GEORGE DANDIN, à part.

Ouais! il a grand* peine à saluer*

LUBIN, à part*

Tai peur qu'il n'aille dire qu'il m'a vu sortir de là- dedans.

GEORGE DANDIN.

Bonjour. Serviteur.

LUBIN.

GEORGE DANDIN.

Vous n'êtes pas dlci, que je crois?

LUBIN.

Non i je n y suis venu que pour voir la fête dis demain.

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ACTE 1, SCÈNE II. 5

GEORGE DANDIN.

Hé! dites-moi donc un peu, s'il vous plaît, vous veuiCz delà-dedans?

LUBIN.

Chut!

GEORGE DANDIN.

Comment?

LUBIN.

Paix!

GEORGE DANDIN.

Quoi donc?

LUBIN.

Motus ! il ne faut pas dire que vous m*ayez tu sortir delà.

GEORGE DANDIN.

Pourquoi?

LUB.IN.

Mon Dieu I parce. . .

GEORGE DANDIN,

Mais encore?

LUBIN.

Doucement ; j'ai peur qu'on ne nous écoute.

GEORGE DANDIN.

Point ^ point.

LUBIN.

C'est que je viens de parler à la maîtresse du logis , de la part àun certain monsieur qui lui fait les doux yeux; et il ne faut pas qu^on sache cela, entendez- vous?

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fi GEORGE DANDIN,

GEORGE DANDIN,

Qui.

LUBIN.

Voilà la raisoH. On m'a chargé de prendre garde que personne ne me vit; et je vous prie au rnoin^ de ne pas dire que vous m'ayez vu.

GEORGE DANDIN^

Je n'ai garde,

LUBIN.

Je suis bien aise de faire les choses secrètement , comme on m^a recommandé,

GEORGE DA.NDIN,

C'est bien fait.

LUBIN.

Le mari 9 à ce qu'ils disent, est qn jaloux qui ne veut pas qu'on fasse Tamour à sa femme; et il feroit le diable à quatre si cela venoit à ses oreilles. Vous coipprenez bien?

GEORGE DANDIN.

Fort bien.

LUBIN.

n ne faut pas qu'il sache rien de tout ceci.

6EQRGE DANDIN,

Sans doute.

LUBIN.

On le veut tromper tout doucement. Vous entendez ]bien?

GEORGE DANDIN.

Le mienz dn monde.

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ACTE I, SCÈNE II, ^

I.UBIN.

Si vous alliez dire que vous m'avez vu sortir de chez lui, vous gâteriez toute l'affaire. Vous comprenez bien?

G£0R<>£ DAlfDIN.

Assurément. Hë! comment nommez-vous celui qui vous a envoyé là^edans?

LUBIN.

C'est le seigneur de notre pays, monsieur le vicomte de chose... Foin! je ne me souviens jamais comment

diantre Us baragouinent ce nom -là; monsieur Cli

Clttandre.

OE0R6E DANDIN.

Est-ce ce jeune courtisan qui demeure. . . ?

LÙBIN.

Oui j auprès de ces arbres.

GEORGE DANDIN, àpart.

Cest pour cela que depuis peu ce damoiseau poli s^est venu loger contre moi ; j'avois bon nez, sans doute, et sou voisinage déjà m avoit donné quelque soupçon.

LUBIN.

Tétigué I c est le plus honnête homme que vous ayez jamais vu. Il m^a donné trois pièces d'or pour aller dire seulement à la femme qu^il est amoureux d^elle , et qu'il souhaite fort fhonneur de pouvoir lui parler. Voyez s'il y a là une grande Êitigue pour me p£iyer si bien ; et ce qu'est , au prix de cela, une journée de travail où je ne gagne que dix sous.

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H GEORGE DANDIN,

GEORGE DANDIN.

Hé bien! avez-yous fait votre message?

LUBIN.

Oui : j'ai troayé là-dedans une certaine Claudine (jai^ tout du premier coup, a compris ce que je ypulois, et qui m'a fait parler à sa maîtresse.

GEORGE DANDIN, àpart,

Ah I coquine de servante I

LUBIN,

Morguienne ! cette Claudine-là est tout-à-&it jolie ; elle a gagné mon amitié, et U ne tiendra qu*à elle que fious; soyons mariés ensemble.

GEORGE DANDIIf.

Mais quelle réponse a faite la maîtresse à ce monsieqr le courtisan?

LUBIN.

Elle m'a dit de lui dire. . . Attendez , je ne sab si je me louyiendrai bien de tout cela ; qu'elle lui est tout-à-fait obligée de l'affection qu'il a pour elle ; et qu'à cause de son mari, qui est fantasque, il garde d'en rien faire paroître; et qu'il faudra songer à chercher quelque invention pour $e pouvoir entretenir tous deux. •

GEORGE DANDIN, à part.

Ah 1 pendarde de femme !

LUBIN*

Tétiguicnne ! cela sera drôle , car le mari He se doutera point de la manigance, voilà ce qui est de bon ; et il aura un pied de nez avec sa jalousie, est-ce pas?

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iâÇTE l SCÈNE IL g

GEORGE DANDIN,

' Cela est vrai,

LUBIN.

Àdiea. Boiicke cousue, au moins. GarJez bien le secret, afin que le mari ne le sache pas. ^

GEORGE PANDIN,

Oui, oui,

} LUBIN.

Pour moi, je vais faire semblant de rien. Je suis un fin matois, et l'on ne çliroit pas q^e j'y touche,

SCÈNE lîL

GEORGE DANEIN.

Hebien! George Daudin, vous yoyez de quel air VQtrç fe^mle vous traite! Voilà ce que c'est d avoir voulu épouser ^ne demoiselle! L'on vous accommode de toutes pièces sans que vous puissiez vous venger, et la gentil- hommerie vous tient les bras liés. L'égalité de condition laisse du moins à l'honneur d'un mari la liberté du ressen- timent; et, si c'étoit une paysanne, vous auriez mainte- nant toutes vos coudées franches à vous en faire la justice à bons coups de bâton. Mais vous avez voulu tâter de la noblesse, et il vous ennuyoît d'être maître chez vous. Ah! j'enrage de tout mon cœur, et je me donnerois volontiers des soufflets. Quoi! écouter impudemment l'amour d'un damoiseau, et y promettre en même temps de la corres- pondance! Morbleu! je ne veux point laisser passer une

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10 GEORGE DANDIN,

occasion de la sorte. Il me faut de ce pas aller faire mes plaintes au père et à la mère, et les rendre témoins, à telle fin que de raison, des sujets de chagrin et de ressen- timent que leur- fille me donne. Mais les Yoici Tun et Tautre fort à propos*

SCÈNE IV.

M. DE SOTENVILLE , MADAME DE SOTENVILLE , GEORGE DANDIN,

M. DE SOTENVILLE»

Qu'bsT'CE, mon gendre? vous me paroissez tout trouble,

GCOEOE DANDIN,

Aussi en ai- je du sujet, et . .

MADAME DE SOTENVILLE.

Mou Dieu! notre gendre, que vous avez peu de civilité de ne pas saluer les gens quand vous les approchez !

GEORGE DANDIN,

Ma foi, ma belle mère, cW que j'ai d'aulrcs choses en tête; et. ••

MADAME DE SOTENVILLE.

Encore ! Est-il possible , notre gendre, que vous sachiez si peu votre monde, et qu'il n'y ait pas moyen de vous instruire de la manière qu'il Êiut vivre parmi les per- sonnes de qualité?

GEORGE DANDIN.

Comment?

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ACTE I, SCÈNE IV. n

MADAME DB SOTSNYILLE.

Ne Yoas déferez-yoas jamais avec moi de la fiunilîarité de ce mot de ma belle-mère? et ne sauriez^vous tous ac- coutumer à me dire madame?

GEORGE DAKDIIY.

Parbleu! si vous m'appelez votre gendre, il me semble que je puis vous appeler ma belle-mère,

MADAME DE SOTENVILLB.

Il y a fort à dire, et les choses ne sont pas égales. Apprenez, s'il vous plaît, que ce n'est pas à vous à vous servir de ce mot Jà avec une personne de ma condition ; que tout notre gendre que vous soyez, il y a grande di£^ rence de vous à nous, et que vous devez vous connoitre.

M, DE SOTENVILLE. >

C'en est as^z, m'amour; laissons cela.

MADAME DE SOTENVILLE.

Mon Dieu! monsieur de Sotenville, vous avez des in- dulgences qui n'appartiennent qu'à vous , et vous ne savez pas vous faire rendre par les gens ce qui vous est dû,

M. DE SOTENVILLE.

jCorbleu! pardopnez-moi , on ne peut point me Êiire de leçons là-dessus; et j'ai su montrer en ma vie, par vingt actions do vigueur, que je ne suis point homme à démor- dre jamsûs dW pouce de mes prétentions : mais ij suffit de li|i avoir donné un petit avertissement. Sachons UP peu, mon gendre, ce que vous avez danis l'esprit*

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n GEORGE DANDIN.

GEORGE DANDIN.

Puisqu'il &at donc parler catégoriquement, je vous dirai , monsieur de Soteuville , que j'ai lieu de. . ,

M. DE S0TENVII«LÇ.

Doucement, mon gendre; apprenez qull n*est pas res- pectueux d'appeler les gens par leur nom, et qu*à ceux qui sont au-dessus de nous il faut dire monsieur tout court.

GEORGE DANDIN.

Hé bien I monsieur tout court , et non plus monsieur de Sotenyille , j ai à vous dire que ma femme me donne. . .

M. DE SOTENYILLE.

Tout beau! apprenez aussi que vous ne devez pas dire ma femme quand vous parlez de notre fille.

GEORGE DANDIN.

Jenrage! Comment! ma fei^ire n'est pts ma femme?

MADAAfE DE SOTÇNVILLE.

Oui, notre gendre , elle est votre femme; mais il ne VOUS est pas permis de l'appeler ainsi, et cest tout ce que vous pourriez faire si vous aviez épousé uqe de vos pareilles.

GEORGE DANDIN, à part.

Ah! George Dandin, où t'es-tu fourré 1 ( haut. ) Hé! de grâce, mettez pour un moment votre gentilhommerie à côté, et sou£B:ez que je vous parle maintenant comme je pourrai. ( à part. ) Au diantre soit la tyrannie de toutes ces histoires -là! ( à M. de SotenviUe. ) Je VOUS dis donc que je suis mal satisfait de mon mariage.

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ACTE I, SCÈNE IV. i3

M. DE SOTÉyyiLLE.

Et la raison j mon gendre ?

IIADAMB D£ SOTENYILLE.

Quôil parler ainsi d'une chose dont vous avez iïté de si grands avantages !

GEORGE DANDIN*

Et quels avantages, madanie? puisque madame y a. L'aventure na pas été mauvaise pour vous; car sans moi vos afiaires ^ avec votre permission , étoient fort délabrées , et mon argent a servi à reboucher d^assez bons trous : mais moi y de quoi y ai^je profité, je vous prie^ que d'un allon- gement de nom, et^ au lieu de George Dandin, d'avoir reçu par vous le titre de M. de la Dandinière?

M. DE SOTENVILLE.

Ne comptez-vous pour rien, mon gendre, l'avantage d^être allié à la maison de Sotenville?

MADAME DE SOTENVILLE»

Et à celle de la Prudoterie, dont j'ai l'honneur d'être issue; maison où le ventre anoblit > et qui par ce beau privilège rendra vos enËints gentilshonmies?

GEORGE DANDIN«

Oui, voilà qui est bien, mes enËuits Seront gentils- hommes; mais je serai cocu, moi, si Ton n'y met ordre.

M. DE SOTENVILLE.

Que veut dire cela , mon gendre ?

GEORGE DANDIN.

Cela veut dire que votre fille ne vit pas comme il faut

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i4 GEORGE DANDIN.

qu^une femme yiye^ et qu'elle ËiU des choses qui sout

contre l'honneur.

MADAME DE S0T£NYILL£«

Tout beaul prenez garde à ce r{ue tous dites* Ma fille est d'une race trop pleine de vertu pour se porter jamais à faire aucune chose dont Ihonnâteté soit blessée; et, de lia maison de la Prudoterie, il y a plus de trois cents ans qu'on n'a point remarqué qu'il y ait eu une femme , Dieu merci , qui ait fait parler d'elle.

M. DB SOTENVIILE.

Corbleu^ dans la maison de Sotenyille on na jamais vu de coquette; et la bravoure n'y est pas plus héréditaire aux mâles que la chasteté aux femelles.

MADAME DB SOTENVILLE*

Nous avons eu une Jacqueline de la Pnidoterie qui ne voulut jamais être la maîtresse d'un duc et pair^ gotiver* neur de notre province.

M. DE SOTBNVILEB.

Il y a eu une Mathurine de Sotenville qui refusa vingt mille écus d'un j&vôri du roi , qui ne demandoit seulement que la faveur de lui parler*

GEORGE DANDiNi

Oh bien 1 Votre fille n'est pas si difficile que cela , et clk s'est apprivoisée depuis qu'elle est chez moi.

M* DB SOTBNVIILE*

Expliquez-vous, mon gendre^ Nous ne sommes point gens à la supporter dans de mauvaises actions; et nous

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ACTE I, SCÈNE IV. i5

serons les premiers, sa mère et moi, à tous en &ire la justice»

MADAIIE DB SOTENtiLLË.

Noos n^entendons point raillerie sur les matières de rhomieur, et nous Payons élevée dans toute la sévérité possible»

GEORGE DAI^DIN^

Tout ce que je vous puis dire, c'est qu'il y a ici un cer- tain courtisan que vous avez vu, qui est amoureux d^elle i ma barl>e , et qui lui a fait faire des protestations d amour , qu elle a très^humainement écoutées.

HADAMB DE SOTEI^VILLB.

Jour de Dieu! je l'étranglerois de mes propres mains, sH falloit qu elle forlignât de rhonnêteté de sa mère»

M. DE SOTENVILIE.

Gorbleul je lui passerois mon épée au travers dti corps , i elle et au galant, si elle avoit forfait à son honneur^

GEORGE DANDIN.

Je vous ai dit ce qui îe passe, pour vous faire mes [^bintes; et je vous demande raison de cette afiaire-là.

M. DE SOTENVJLLE.

Ne vous tourmentez point, je vous la ierai de tous deux; et je suis homme pour serrer le bouton à qui que ce puisse être. Mais êtes- vous bien sûr aussi de ce que vous nous dites?

GEORGE DANDIN.

Très-sûr.

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16 GEORGE DANDIN-

11. DB SOTENVILLEé

Prenez biengarde,auinoins; car^entre gentilshommes, ce sont des choses chatouilleuses , e( il n^est pas question d'aller Êdre ici un pas de clerc.

0E0R6E DANDINi

Je ne vous ai rien dit, vous dis- je, qui ne soit yéri- tablée

H. DE SOTEUYILLE.

ATainoiir, alle2-yous-en parler à votre fille, tandiff qu avec mon gendre j'irai parler à l'homme.

MADAME DB SOTÉNTILLEi

Se pourroit-il, mon fils, qu'elle s^oùbliât de la sorte, après le sage exemple que vous savez yous-même que je hii ai donné!

Ué DE SOTENTILLE.

Nou^ allons éclaircir Tafiaire. Suivez-moiy mon gendre, et ne vous lùettez pas en peine. Vous verrez de quel bois nous nous chaufibns lorsqu^on s'attaque à ceux qui nous peuvent appartenir. •

GEORGE DANDIIT^

Le voici qui vient vers nous.

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ACTE I, SCENE V. 17

SCÈNE V.

M. DE SOTENVILLE, CLITANDRE, GEORGE DANDIN,

M. DE SOTENVILLE.

Monsieur, suis- je connu de vous?

CLITANDRE.

Non pas, que je sache, monsieur.

M. DE SOTENVILLE.

Je m appelle le baron de Sotenville.

CLITANDRE.

Je m'en réjouis fort

M. DE SOTENVILLE.

Mon nom est connu à la cour; et j^eus rhonnenr, dan^ ma jeunesse, de me signaler des premiers à l'arrière-ban de Nancy.

CLITANDPE.

A la bonne heure.

M. DE SOTENVILLE.

Monsieur mon père, Jean-Gilles de Sotenville, eut la gloire d^assister en personne au grand siège de Mon- taoban.

CLITANDRE.

J'en suis ravi.

M. DE SOTENVILLE.

Et j'ai eu un aïeul, Bertrand de Sotenville, <juî fat si considéré en son temps , que d'avoir permission de vendr« tout son bien pour le voyage d'outre-mer.

*«>^«»**

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t8 GEORGE DANDIN.

CLITANDRE.

Je le veux croire.

M. DE SOTENYILLE.

n m'a été rapporté , monsieur , que tous aimez et poursuivez une jeune personne , qui est ma fille j pour laquelle je m'intéresse (montrant George Dandin), et pour rhomme que vous voyez, qui a llionneur d^étre mon gendre.

CLITANDRE.

Qui? moi?

M. DE 80TENVILLE.

Oui; et je suis bien aise de vous parler, pour tirer de vous, sll vous plait, un éclaircissement de cette afiàire.

CLITANDRE.

Voilà une étrange médisance! Qui vous a dit cela, monsieur?

M. DE SOTBNVILLE.

Quelqu'un qui croit le bien savoir.

CLITANDRB.

Ce quelqu'uQ-là en a menti. Je suis honnftte homme. Me croyez-vous capable, monsieur, dune action aussi lâche que celle-là? Moi, aimer une jeune et belle personne qui a Fhonneur d'être la fille de monsieur le baron de So- tenville! je vous révère trop pour cela, et suis trop votre serviteur. Quiconque vous X^ dit est un sot

M. QB SOTENVIIil.

Allons, mon gendre.

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ACTE I, SCÈNE V, ig

GEORGE DANDIN.

Quoi?

CLITANDRB.

C'est un coquin et un maraud.

M. DE SOTENYILLE, à George Dandin.'

Répondez.

GKOROB DANDIN.

HéponcleK voufr-mime.

CLITANPRE.

Si je savois qui ce peut être , je lui donnerois , en votre présence 9 de Fépée dans le ventre.

M. DE SOTENVILLE, à George Dandin,

Soutenez donc la chose.

GEORGE DAITDIN.

Elle est toute soutenue. Cela est vrai.

GLITAKDRE.

Est-ce votire gendre , monsieiir, qui* • • ?

M. DE 8i>TEII^v1lIE.

Oui, c'est lui-même qui s'en est plaint à moL

CLITANDRB.

Certes, il put remercier l'avantage quïl a de vous ap- partenir; et sans cela je lui apprendrois bien à tenir de pareils discours d'une personne comme moL

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ao GEORGE DANDIN.

SCÈNE VL

M. DE SOTENVILLE, MADAME DE SOTENVILLE, ANGÉLIQUE^ CUTANDRE, GEORGE DANDIN, CLAUDINE,

MADAME DE SOTENVILIE.

Pour ce qui est de cela, la jalousie est une étrange chose ! Pamène ici ma fille pour éclaiicir Tafiaire en pré- sence de tout le monde,

CLITANDRE, à Angélique.

Est-ce donc vous, madame, cpii ayez dit à yotre mari que je suis amoureux de vous?

AITGELIQUE.

Moi? Hé! comment lui aurois-je dit? Est-ce (jue cela est? Je voudrois bien le voir, vraiment, que vous fussiez amoureux de moi! Jouez -vous -y, je vous en prie; vous trouverez à qui parler; c'est une chose que je vous con- seille de faire. Ayez recours, pourvoir, à tous les détours des amants : essayez ufi peu, par plaisir, à m^envoyerdes ambassades, à m'écrire secrètement de petits billets doux, à épier les moments que mon mari n'y sera pas, ou le temps que je sortirai, pour me parler de votre amour: vous navez qu'à y venir, je vous promets que vous serez reçu comme il faut.

CLITANDRE.

Hé! là, là, madame, tout doucement. 11 n^est pas né- cessaire de me faire tant de leçons, et de vous tant scan- daliser. Qui vous dit que je songe à v^ous aimer?

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ACTE I, SCÈNE VI. ai

▲ NOÉLIQUE.

Que sais- je, moi, ce qu'on me vient conter ici?

CLITANDRE.

On dira ce que Ton youdra ; mais vous savez si je vous ai parié d'amour lorsque je vous ai rencontrée.

ANGÉLIQUE.

Vous n'aviez qu*à le &ire, vous auriez été bien venu.

CLITANDRE.

Je vous assure qu'avec moi vous uWez rien à craindre; que je ne suis point homme à donner du chagrin aux beUes; et que je vous respecte trop, et vous, et messieurs vos parents, pour avoir la pensée d'être amoureux de vous.

MADAME DE SOTENVILLE, à George Dandin.

Hé bien ! vous le voyez.

BL DE SOTENVILLE.

Vous voilà satis&it, mon gendre. Que dites-vous à cela?

GEORGE DANDIN.

Je dis que ce sont là des contes à dormir debout; que je sais bien ce que je sab ; et que tantôt , puisqu'il fiiut parler net, elle a reçu une ambassade de sa part

ANGELIQUE.

Moi? j'ai reçu une ambassade?

CLITANDRE.

Jai envoyé une ambassade?

ANGJ^LIQDE.

Claudine?

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22 GEORGE DANDIN.

CLITAHDâ£, àCkudine.

Est-U vrai?

CLAUDINE»

Par ma foi, voilà une étrange Ëiasseté I

«CSOIIOX DAIfBIIf.

Taisez-vous, carogne ({ue vous êtes. Je sais de vos nonvriks; et icW VOBS tapa UûaSLèt avez Û9ttiX)duit le cour- rier.

C£AU«I(EfB.

Qin?Hoi?

Oui , vous. Ne faites point tant la sucré*.

CLAUDINE.

Hélas! que le monde aujourdlnii est rempli de mé- chanceté, de m'aller soupçonner aiBsi> moi <jui suis l'in- nocence même!

nÈOflGE I^ANDIK.

Taisez-vous, bonne pièce. Vous faites la sournoise, mais je vous connoîs il y à long-temps; et vous êtes une dessalée.

tSLAUDtNfi, à ABgéli({tte.

Madame, eist-ce que. . .?

GEOlti&B DANDIN.

Taisez-vous, VOUS dis- je; vous pourriez bien porter la folle enchère de tous les autres, et vous n'avez point de père gentilhomme.

AmaÉLK^uc.

C'est une imposture si grande , et qui me toucl^ si fort

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ACTE I, SCÈNE VI. au cœur, que je ne puis pas mécue avoir la force d'y ré- pondre. Cela est bien horrible d'être accusée par un mari, lorsqu'on ne lui Êiit rien qui ne soit à fiôrel Hélas! si je suis blâmable de quelque chose, c'est d'en user trop bien ayec lui.

CLAUDINE.

Assurément.

ANGELIQUE.

Tout mon malheur est de le trop considérer ; et plût au ciel que je fusse capable de souffi:ir, comme il dit, les ga< lanteries de quelqu'un I je ne serois point tant à plaindre. Adieu, je me retire-, je ne puis plus endurer qu on m'ou* tr^ge de cette sorte.

SCÈNE VIL

M. DE SOTENVILLE, MADAME DE SOTENVILLE^ ÇLITANÊRE, GEORGE DANDIN, CLAUDINE.

MADAME DE SOTENVILLE, à George DandÎD.

Allez, vous ne méritez pas Thonnête femme qu^oii vous a donnée.

CLAUDINE.

Par ma foi, il mériteroit quelle lui fit dire vraî : é(, si j^étois en sa place, je n y marchanderois pas. (à GHtàtidre.) Oui, monsieur, vous devez, pour te punir, faire lamour à ma maîtresse. Poussez , c'est moi qtu Vous h dis, ëe sem fort bien employé; et je m oftè à vou^ y servir, puisqu'il mWadéjltatée.

( Claudine sort. }

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a4 GEORGE DANDIN.

M. DE SOTENVILLE,

Vous méritez, mon gendre , qu'on vous dise ces choses- là-, et votre procédé met tout le monde contre vous.

MADAME DE SOTEICYILLE.

Allez, songez à mieux traiter une demoiselle bien née; et prenez garde désormais à ne plus faire de pareilles bévues.

GEORGE DANDIIT, àpart.

Tenrage de bon cœur d'avoir tort lors<jue f ai raison.

SCÈNE VIII.

M. DE SOTENVILLE, CLIT ANDRE, GEORGE DANDIN.

CLITANDRE, à M. de Sotenyîlle.

Monsieur y vous voyez comme j^ai été faussement accusé : vous êtes homme qui savez les maximes du point dlonneur; et je vous demande raison de lafiront qui m'a été fait.

M. DE SOTENVILLE.

Cela est juste, et c'est l'ordre des procédés. Allons mon gendre, faites satisfaction à monsieur.

GEORGE DANDIN.

Comment ! satisfaction ?

M. DE SOTENVILLE.

Oui, cela se doit dans les règles, pour. Favoir à tort accusé.

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ACTE 1, SCÈNE VHI. a5

OE0&6E DANDIir.

Cest une chose, moi, dont je ne demeure pas d'accord, de ravoir à tort accusé ; et je sais bien ce que j'en pense. ,

M. DE SOTENYILLE.

n n'importe. Quelque pensée qui vous puisse rester, il a nié , c'est satis&ire les personnes ; et Ton n a nul droit de se plaindre de tout homme qui se dédit

GEORGE DANDIN.

Si bien donc que, si je le trouvois couché avec ma femme , il en seroit quitte pour se. dédire 7

M. DE SOTENYILLE.

Point de raisonnement. Faites-lui les excuses que je vous dis.

GEORGE DÀNDIN.

Moi I je lui ferai encore des excuses après. . . !

M. DE SOTENYILLE.

Allons, Yôus dis-je, il n'y a rien à balancer; et yous n'avez que faire d avoir peur d'en trop faire , puisque c'est moi qui vous conduis.

GEORGE DANDIIT.

Je ne saurois. . .

M. DE SOTENYILLE.

Corbleu! mon gendre, ne m'échauffez pas la bile. Je me mettrois avec lui contre vous. Allons , laissez- vous gouverner par moi.

GEORGE DANDIN, k part.

Ah I George Dandin !

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OBORÛE DANDtN.

M. DB âOTÉlTTILLE.

Votre bonnet à h main le premier; monsieur est gentil- homme, et yoùs ne Fêtes pas.

6E0RGB DAirniH) èpArtylebottnetàlamaiii.

J^enragel

U. DE SOTENYILLE.

Répétez après moi. . . Monsieur. . .

GEOR&B DANDIN,

Monsieur. . .

tf. DE SOt£KVUt.&

Je TOUS demande pardon. . •

(yojant que George DAndin ikit ^fficuhe de lui obéir. )

Ah!

6E0R6B DAVDIV.

Je TOUS demande pardon. • •

M. DE SOTENYILLE,

Des mauvaises pensées <jue j'ai eues de yous.

GEORGE DANDIN.

Des mauvaises pensées que j^ai eues de vous.

M. DE SOTENVTLLB.

C'est que je n'avois pas l'honneur de vous conûoiti^.

GEORGE DANDIN.

C est que je n avois pas l' honneur de vous connoître,

M. DE SOTENVILLE.

Et je vous prie de croire. . .

GEORClE DAl9ri)nr.

Et je vous prie de croire. . .

M. DE SGIfBNVlttE.

Que je suis votre serviteur.

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ACTE I, SCÈNE Vlli. 27

GEORGE DANDIN.

Voulez-vous (jue je sois serviteur d'un homme qui me ▼eut faire cocu?

Ué DE 60TEICVILLE, le uMnaq&nt encart. Àhl

CLITANDRE.

Il suffit, monsieur.

H. DE SOTENVILLE.

Non, je veux qu'il achève , et que tout aille dans les formes. . • Que je suis votre serviteur.

GEORGE DANDIN.

Que je suis votre serviteur.

GLITANDRE, à George Dandin.

Monsieur, je suis le vôtre de tout mon cœur, et je ne songe plus à ce qui s'est passé, (à M. deSotenyiUe.) Pour 70US. monsieur, je vous donne le bonjour, et suis fâché du petit chagrin que vous avez eu.

M. DE SOTENVILLE.

Je vous baise les mains; et, quand il vous plaira, je vous donnerai le divertissement de courre un lièvre.

CLITANDRE.

C'est trop de grâce que vous me faites.

(Clitandresort.) M. DB SOTENVILLE.

Voilà, mon gendre, comme il faut pousser les choses. Adieu. Sachez que vous êtes entré dans une Ëimille qui vous donnera de lappui, et ne souflOrira point que Ton vous ÛLSse aucun affiront.

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aS GEORGE DANDIN.

SCÈNE IX.

GEORGE DANDIN.

Ah! (jue je... Vous lavez voulu, vous lavez voulu, George Dandin, vous Favez voulu; cela votis sied fort bieu, et vous voilà ajusté comme il &ut : vous avez juste- ment ce que vous méritez. Allons , il s^agit seulement de désabuser le père et la mère; et je pourrai trouver peut- être quelque moyen d^ réussir.

VfV DU PIIBMIER ÂGT2.

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GEORGE DANDIN. ag

ACTE SECOND.

»«i^»^«^^*^»*«^>^«^i^«^^>^^»^i^^»^^»^«^«^«^«^^«ii^^^^^^i^«i#^w^^^ii^^»i^»

SCÈNE I. CLAUDINE, LUBIN.

CLAUDINE.

Oui, j'ai bien deviné qu'il faUoit que cela vînt de toi, et que tu Peusses dit à quelqu'un qui Tait rapporté à notre maître,

LUBIN.

Par ma foi, je n'en ai touché qu'un petit mot en pas- sant à un homme, afin qu^il ne dit point qu'il m'avoit vu sortir; et il Ëiut que les gens, en ce pays-ci, soient de grands babillards.

CLAUDINE.

Vraiment, ce monsieur le vicomte a bien choisi son monde, que de te prendre pour son ambassadeur; et il s'est allé servir là d'un homme bien chanceux.

LUBIN.

Va, une autre fois je serai plus fin, et je prendrai mieux garde à moi.

CLAUDINE.

Oui , oui , il sera temps.

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Zo GEORGE DAND1N«

LUBIH.

Ne parlons plus de cela. Écoute.

CIiAVl^INB.

Que yeux-tn que j'écoute?

LUBIN. ^

Tourne on peu ton yisage devers moL

CLAUDINE.

Hé bienl qa*est-ce?

LUBIN.

Claudine.

GLAUPIirX«

Quoi?

LUBIN.

Héllà! ne sais-tu pas bien ce que je veux dire?

CLAUDINB.

Non.

LUBIll.

Morgue! je faime.

CLAUDINB.

Tout de bon 7

LUIIN.

Oui, le diidile m'emporte 1 tu me pewi anm^ piùicpie j'en jure.

CLAUDINB^

 la bonne beure.

LUllN.

Je me sens tout tribouillcr le eceur quand je (e regarde.

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ACTE II, SCÈNE I. 3i

Je m'en réjouis.

LUBIN.

Comment est-ce que tu fais pour être si jolie 7 Je £us comme &m% les autres.

LUBIN,

Vois-tu y il ne faut point tant de beurre pour feire un quarteron : si tu yeux tu sieras ma femme, je serai ton mari; et nous serons tous deux mari et femme.

CLAUDINE.

Tu serois peut-être jaloux comme notre maître.

LUBIN.

Point

CLAUDINE.

Pour moi, je hais les maris soupçonneux, et j'en veux on qui ne s'épouvante de rien, un si plein de confiance, et si sûr de ma chasteté, qu^il me vit sans inquiétude au milieu de trente hommes.

I^UBIN.

Hé bien! je serai tout comme cela.

CLAUDINE.

C est la plus sotte chose du monde que de se défier d'une femme, et de la tourmenter. La vérité de Tafiaire est qu'on n y gagne rien de bon : cela nous Êiit songer à mal; et ce sont souvent les maris qui, avec leurs vacarmes, te font eux-mêmes ce qu^ils $onl.

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3a GEORGE DANDIN.

LUBIN.

Hé bien! je te donnerai la liberté de Êdre tout ce quil te plaira.

CLAXrDIIfE.

Voilà comme il faut faire pour n être point trompé. Lorsqu'un mari se met à notre discrétion, nous ne pre. Dons de liberté que ce qu^il nous en faut; et il en est comme avec ceux qui nous ouvrent leur bourse, et nous disent, Prenez : nous en usons honnêtement, et nous nous contentons de la raison. Mais ceux qui nous chi- canent, nous nous efforçons de les tondre, et nous ne les épargnons point.

LUBIW.

Va, je serai de ceux qui ouvrent leur bourse, et tu n'as qu'à te marier avec moi,

CLAUDINE.

Hé bien , bien j nous verrons.

LUBIV,

Viens donc ici, Qaudine.

CLAUDIKX.

Que veux-tu?

LUBIV.

Viens, te dis-je»

CLAUDINE.

Âh! doucement. Je n'aime pas les patineurs.

LUBIN.

Hé! un petit brin d'amitié.

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ACTE H, SCÈNE I. 33

CLAUDINE.

Laisse-moi là, te dis-je; je n'entends pa» raillerie.

LUBIN.

Claudine.

GLATJBINE, repoussant tiubia .

Hai!

LtJBIN«

Ah! que tu es rude à pauvres gens! Fi! que cela est malhonnête de refuser les personnes! N'as-tu point de honte d'être belle, et de ne vouloir pas quon té caresse I Héllà!

CLAUDINE.

Je te donnerai sur le nez.

LUBIN.

Oh ! la farouche ! la sauvage ! Fil pouah! la vilaine qui est cruelle!

CLAUDINE.

Tu t'émancipes trop.

LUBIN,

Qu'est-ce que cela te coûteroit de me laisser un peu feire?

CLAUDINE.

Il faut que tu te donnes patience.

LUBIN.

Uh petit baiser seulement, en rabattant sur notre mariage.

CLAUDINE.

Je suis votre servante.

MoL;)(mc. 5. 3

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34 OEORGE DANDIN,

LUBIN.

Claudine > \$ i'en.fAe^ sur Fet taiht moins. '

CLAVDIIIB.

Hé! que nenni. J y ai déjà été attrapée. Adieu* Va- t'en, et dis à monsieur le.ykc^ta«que. faïu^i soia de rendre son billet

Aidieu^ beauté mdàniàr)e4

lie motestaïQoiïfeuiCi

LtJBIN.

Adieu, rocher, caillou, pierre dp taille, et tout ce qu'il, y a de plus dur au monde.

GLAtJDIIiE, seule.

J^¥ai$irei|i^ttre apx mains de ma maîtresse... Mais la voici avec son mari : éloignons-nous, et attendbns qu'elle soit seule.

SCÈNE IL GEORGE DANDIN^ ANGÉLIQUE.

GEORGE DANDIN.

Non, non; on ne m'abuse pas avec tant de facilité; et je ne suis que trop certain que le rappoi^t que Ion m'a fait est véritable. J'ai de meilleurs yeux qu'on ne pense, cl votrei galimatias ne m!a point tantôt ébloui.

■■.■'-

^ Et tant moins , tci*me de réduction qui signifia en déduction.

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ACTE II, SCÈN« IIL 5S

SCÈNE IIL CLITANDRE, ANGÉLIQUE, GEORGE DANDIR

CLITANDRBjà part, dans le fond du théâtrer

AhI la voilà; mais le mari est avec elle.

GEORGE DANDIN, sans voir Glitandre.

Au travers de toutes vos grimaces, j'ai vu la vérité de ce que l'on m'a dit , et le peu de respect que vous avez pour le nœud qui nous joint.

(Glitandre et Angélique se saluent. )

Mon Dieu! laissez là votre révérence; ce n'est pas de ces sortes de respects dont je vous parle, et vous n^avéz que faire de vous moquer.

ANGÉLIQUE.

Moi, me moquer! en aucune façoii.

GEORGEDANDIN.

Je sais votre pensée, et connois. • .

( Glitandre et Angélique se saluent encore. )

Encore! Ah! ne raillons point davanta^. Je n'ignore pas qu^à cause de votre noblesse vous me tenez fort au-dessous de vous : et le respect que je veux dire ne regarde point ma personne; j'entends parler de celui que vous devez à des nœuds aussi vénérables que le sont ceux du mariage.

('Angélique fait signe à Glitandre. )

Il ne faut point lever les épaides, et je ne dis point de sottises.

ANGELIQUE.

Qui songe à lever les épaule.s?

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36 GEORGE DANDIN.

GEORGE DANDIN.

Mon Dieu! nous voyons clair. Je vous âis encore une fois que le mariage eslAinethaîne à laquelle on doit porter toutes sortes de respects, et que c'est fort mal fait â vous d'en user comme vous faites.

^'Angélique fait signe de la tête à Clitandre. ) Oui, oui, mal fait à vous; et vous n^avez que faire de ho- cher la tête et de me faire la grimace.

ANGÉLIQUE.

Moi? je ne sais ce que vous voulez dire.

GEOrRGE DANDIN,

Je le sais fort bien, moi; et vos mépris me sont connus. Si je ne suis pas né noble , au moins suis-je d une race où il n'y a point de reproche; et la famille des Dandins. . .

CLITANDRE, derrière Angélique , sans être aperçu de George Dandin.

Un moment d entretien.

/

GEORGE DANDIN, sans voir €Iitandre.,

Hé!

ANGÉLIQUE.

Quoi? je ne ne dis mot,

( George Dandin tourne autour de sa femme, «t Clitandre se retire en faisant une grande révérence à George Daiidin.)

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ACTE Il/SCÈNE IV. 3;

SCÈNE IV. GEORGE i)ANDIN, ANGÉLIQUE.

. GEORGE DANDIN.

L E voilà qui vient rôder autour de vous*

ANGÉLIQUE.

Hé bien! est-ce ma. feiute? Que voule2;-vou& que j'y fasse/

GEORGE DANDIIt. ^

Je veux que vous y fassiez ce que fait une femme qui ne veut plaire qu'à son mari. Quoi qu'on en puisse dire , les galants n'obsèdent jamais que quand on le veut bien : il y a un certain air doucereux qui les attire, ainsi que le miel fait les mouches; et les honnêtes femmes ont des ma- nières qui les savent chasser d^abord.

ANGÉLIQUE.

Moi, fes chasser! et par quelle raison? Je ne meso^in- dalise point qu'on me trouve bien Êiite \ et cela me fait dii plaisir;

GEORGE DANDIN;

Oui! Mais quel personnage voulez -vous que joue un mari pendant cette galanterie?

ANGÉLIQUE.

Le personnage dun honnête homme, qui- est bien aise de voir sa femme considéréei

GEORGE DANniN.

Je suis votre valet. Ce n'est pas là mon compte , ejt les Dandins ne soni point acceutumés à cette mode-là.

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58 GEORGE*DANDIN.

ANGÉLIQUE.

Oh ! les Dandins s'y accoutumeront s ils veulent ; car, pour moi^ je vous déclare que mon dessein n'est pas de renoncer au monde et de m'enterrer toute vive dans un mari. Comment! parce qu'un homme s'avise de nous épouser , il faut d'abord que toutes choses soient finies pour nous, et que nous rompions tout commerce avec les vivants! C'est une chose merveilleuse que cette tyrannie de messieurs les maris ; et je les trouve bons de vouloir qu'on soit morte à tous les divertissements y et qu'on ne vive que pour eux ! Je me moque de cela, et ne veux point çiourir si jeune.

GEORGE DANDIN.

C'est ainsi que vous satisfaites aux engagements de la foi que vous mVvez donnée publiquement?

ANGÉLIQUE.

Moi? je ne vous l'ai point donnée de bon cœur^^ et vous me l'avez arrachée. M'avez-vous avant le mariage demandé mon consentement, et si je voulois bien de vous? Vous n'avez consulté pour cela que mon père et ma mère : ce ^nt eux proprement qui vous ont épousé; et cest pour- quoi vous ferez bien de vous plaindre toujours à eux des torts que l'on pourra vous feire. Pour moi, qui ne vous ai point dit de tous marier avec moi , et que vous avez prise sans consulter mes sentiments , je prétends n'être point obligée à me soumettre en esclave à vos volontés; et je veux jouir, s il vous plait, de quelque nombre de )>eaux jouiv qu9 m'oSie la jeunesse , prendre les douce»

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ACTE II, SCENE IV, 89

libertés que l'âge me permet, rcir un peu le beau monde, et goâter le plaisir de m'ouïr dire des douceurs. n*épatez- Yous-y pour votre punition, et rendez 'grâces au del dé ce que je ne suis pas capable de «pielque cfaofle de pin.

6SOR6B DAMDIN.

Oui! c'est ainsi (jue vous le'prenez! Je suis votre mari., et je vwis dis que je n'enteocb pas œk.

▲NGéLIQUE.

Moi, je suis votre femme, et je vous dis que je Feu-- tends.

GEORGE DÀNXtlN^ à pairt.

11 mé {nrend des tentations d'aeoottiAiodef tout ion visage à la compote , et le nielli^ éû état de ne plôirë de sa vie aux diseurs de fleurettes. Ah ! allons, George Dandin.; je ne pourrois me retenir^ et il Yatit mieux quitter W place.

SCÈNE V. ANGJÈLIQUB^ CLAUDINE.

CLAUDINE.

J'avoi^j madame, impatience qu'il s^en allât, pour vous rendre ce mot de la part que vous savez.

ANGÉLIQUE.

Voyons.

CLAUDINE^ Impart.

A ce que je puis remajtpier^ ce ^on lut écrtf né lui dëplait pas trop.

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4o GEORGE DANDIN.

ANGELIQUE.

Ahl Claudine, que ce billet s explique d'une Êiçon ga- lante I Que dans* tous leurs discours et dans toutes leurs actions les gens de cour ont un air agréable! et qu'est-ce gue c'est auprès d^eux que nos gens de province?

CLAUDINE.

Je crois qu'après les avoir vus les Dandins ne vous plaisent guëre^

ANGELIQUE.

Demeure ici, je m'en vais Mre la réponse.

CLAUDINE, seule.

Je n ai pa& besoin , que je pense , de lui recommander de la Êdre agréable. Mais voicL. .

SCÈNE VL CLITANDRE, LOBIN, CLAUDINE.

CLAUDINE.

Vraiment y monsieur^ vous avez pris là un babite messager!

CLITANDRE.

Je n ai pas osé envoyer de mes gens. Mais, ma pauvre Claudine, il Ëiut que je te récompense des bons offices que je sais que tu m'as rendus.

(Il firaille dans sa poche.) CLAUDINE.

Hé! monsieur, il n'est pas nécessaire. Non , monsieur 7 TOUS n^avez que £iire de vous donner cette peine-là; et je

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ACTE II, SCÈNE VI. . 4i

TOUS rends service parce que vous le méritez; et je me sens au cœur de l'inclination pour vous.

CLITANDREj donnaat de Targent à Claudine;

Je te suis abligé.

LUBIN, à Claudine.

Puisque nous serons mariés, donne-moi cela que je le mette avec le mien.

CLAUDINE.

Je te le garde aussi-bien que le baiser.

CLITANDRB, à Claudine.

Dis-moi, as-tu rendu mon billet à ta beUe maîtresse?

CLAUDINE.

Oui; elle est allée y répondre.

CLITANDRE.

Mais, Claudine, n^ a-t-il pas moyen que je la puisse entretenir?

CLAUDINE.

Oui ; venez avec moi , je vous ferai parler à elle.

CLITANDRE.

Mais le trouvera-t-çlle bon? et n'y a-t-il rien à risquer?

CLAUDINE.

Non, non. Son mari n'est pas au logis : et puis, ce n'est pas lui qu elle a le plus à ménager, c'est son père et sa mère; et pourvu qu'ils soient prévenus, tout le reste n'est point à craindre»

CLITANDRE.

Je m'abandonrie à ta conduite.

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4a GEORGE DANDIN.

LUBIN, Bdtil.

Testiguenne! que j'aurai là une babile femme! Elle a de Tesprit comme quatre.

SCÈNE VIL

GEORGE DANDIN, LUBIN.

GEORGE DANDIN, bas, & part.

Voici mon homme de tantôt Plût au ciel qu*il pût se résoudre à vouloir rendre témoignage au père et & la mère . de ce qu ils ne veulent point croire 1

ttJBIN«

Ah! vous voilà ^ monsieur le babillard, k qui j a vois tant recommandé de ne point parler, et qui me Faviez tant promis! Vous êtes donc un causeur, et vous allez redire ce que l'on vous dit en secret.

GEORGE DANDIN.

Moi?

LVBIN.

Oui ; vous avez été tout rapporter au mari, et vous êtes cause qu'il a fait du vacarme. Je suis bien aise de savoir que vous avez de la langue , et cela m*apprendra à ne vous plus rien dire.

GEORGE DANDIN.

Écoute, mon ami.

LUBIN.

Si vous n'aviez pas babillé, je vous anrois conté ce qui se passe k cette heure; mais, pour votre punition, vous Dc saurez rien du tout

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ACTE II, SCÈNE VIL 43

GEORGX DàNDIN.

Comment ! C[u'est-ce qui se passe ?

LUBIN.

Rien , rien. Voilà ce que c'est d'avoir causé; vous n'en tàterez plus , et je tous laisse sur la bonne bouche.

6E0R6B DÀNDI^.

Arrête un peu.

LVBIN.

Point.

6E0R6B DANDIir.

Je ne te yeux dire quW mot.

LUBIN.

Nennin, nennin. Vous avez envie de me tirer les vers du nez.

GEORGE DANDI5.

Non, ce nest pas cela.

LUBIN.

Hé ! quelque sot. . « Je vous vois venir^

GEORGE DANDIir.

C'est autre chose. Écoute.

LUBIN.

Point d'affaire. Vous* voudriez que je vous disse que monsieur le vicomte vient de donner de Taisent à Clau- dine, et qu'elle l'a mené chez sa maltresse. Mais je ne suis pas si bête.

GEORGE DÀITDIIT.

De grâce.

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44

GEORGE DANDIN,

EUE IN.

Non.

GEORGE. DANDIN^

Je te donnerai. . .

LUBIN.

Tarare.

SCÈNE VIII.

GEORGE DANDIN.

J3 n'ai pu me servir avec cet innocent ^ de la pen- sée que j'avois. Mais le nouvel avis (jui lui est échappé feroit la même chose; et, si le galant est chez moi, ce seroit pour avoir raison aux yeux du père et de la mère, et les convaincre pleinement de Teffronterie de leur fille. Le mal de tout ceci, c'est que je ne sais comment faire pour profiter dun tel avis. Si je rentre chez moi, je ferai évader le drôle; et, ^elque chose que je puisse voir moi- même de mon déshonneur, je n'en serai point cru à mon serment, et Ton me dira que je rêve. S, d'autre part, je vais quérir beau-père et belle-mèi e sans être sûr de trouver chez moi le galant, ce sera la même chose; et je retom- berai dans Finconvénient de tantôt. Pourrois-je point m'éclaircir doucement s'il y est encore?

( après avoir été regarder par le trou de la serrure. ) Ah ciel! il n'en faut plus douter, et je viens de l'aperce- voir par le trou de la porte. Le sort me donne ici de quoi confondre ma partie; et, pour achever Faventure, il fait venir à point nommé les juges dont j'avois besoin.

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ACTE H, SCÈNE IX. 45

SCÈNE IX.

M. DE SOTENVILLE, MADAME DE SOTENVILLE, GEORGE DANDIN.

GEORGE DANDIN.

Enfin, vous ne m'avez pas voulu croire tantôt, et votre fille Ta emporté sur moi : mais^j'ai en main de quoi vous faire voir comme elle m'accommode ; et, Dieu merci , mon déshonneur est si clair maintenant, que vous n'en pourrez plus douter:

M. DE SOTENVILLE.

Comment ! mon gendre , vous en êtes encore là-dessus ?

GEORGE DANDIN,

Oui, fy suis, et jamais je n'eus tant de sujet d'y être.

MADAME DE SOTEtîVILLE.

Vous nous venez encore étourdir la tête?

GEORGE DANDIN.

Oui, madame, et Ton fait bien pis à la mienne,

M. DE SOTENVILLE.

Ne VOUS lassez-vous point de vous rendre importun?

GEORGE DANDIN.

Non •, mais je me lasse fort d'être pris pour dupe.

MADAME DE SOTENVILLE, •

Ne voulez-vous point vous défaire de vos pensées extravagantes?

GEORGE DANDIN.

Non , madame; mais je voudrois bien me défaire dune femme qui me déshonore.

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4G GEORGE DANDIN.

MADAME DE SOTENVILLE.

' Jour de Dieu! notre gendre, apprenez â parler.

M, DE SOTENYILLS.

Gorbleul cherchez des termes moins offensants que ceux-là.

GEORGE DANDIN.

Marchand qui perd ne peut rire.

MADAME DE SOTENVILLE.

Souvenez-vous que vous avez épousé une demoiselle^

GEORGE DANDIN.

Je m'en souviens assez ^ et ne m'en souviendrai que trop.

U. DE SOTENVILLE.

Si vous vous en souvenez , songez donc à parler d'elle avec plus de respect.

GEORGE DANDIN.

Mais que ne songe-t-elle plutôt à me traiter plus hon- nêtement? Quoi! parce quelle est demoiselle, il faut qu^elle ait la liberté de me faire ce qui lui plait sans que j^ose souffler?

M. DE SOTENVILLE.

Qu'aïKZ-vous donc, et que pouvez-vous dire? PTavez- vous parvu ce matin qu'elle s'est défendue de connoître celui dont vous m'étiez venu parler?

GEORGE DANDIN*

Oui; mais, vous, que pourrez-vous dire si je vous fais voir maintenant que le galant est avec elle?

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ACTE II, SCÈNE IX. 4^

MADAME 0£ SOTENVILLE.

Avetelle?

GEOB,GE DANDIN.

Ouî^ avec elle, et dans ma maison.

M. OE SOTENVILLB.

Dans^ votre maison?

GEORGE DAN9IN.

Oui , dans ma propre maison.

MADAME DE SOTENYILLE.

Si cela est, nous serons pour vous cbntre elle.

M. DE SOTENVILI.E.

Oui , l'honneur de notre famille nous est plus cher que toute chose; et, si vous dites vrai, nous la renoncerons pour notre sang, et labandonnerons à votre colère.

GEORGE DANDIN.

Vous n'avez qu'à me suivre.

MADAME DE 80TENVILLE.

Gardez de vous tromper*

m. DE SOTENVILLE.

N'allez pas faire comme tantôt.

GEORGE DANDIN. Mon Dieu! vous allez voir, (montrant Clitandre qui tort

avec Angélique. ) T^pez , ai-je menti?

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43 GEORGE DANDIN.

SCÈNE X.

ANGÉUQUE, CLITANDRE, CLAUDINE; M. DE SOTENVILLE et MADAME DE SOTENVILLE AVEC GEORGE DANDIN, dans le fond du

THiATRE.

ANGÉLIQUE, à Clitandrc.

Adieu; j'ai peur qu'on vous surprenne ici, et faî quelçjues mesures à garder.

** CLITANDRE.

Promettez-moi donc, madame, que je pourrai vous parler cette nuit.

an6]£lique. J'y ferai mes efforts.

GEORGE DANDIN, à monsieur et k madame de SotènT ille.

Approchons doucement par derrière, et tâchons de n'être point vus.

CLAUDINE.

Ah ! madame , tout est perdu ! Voilà votre père et votre mère accompagnés de votre mari.

CLITANDRE.

Ah ciel!

A N G É L I Q U E , bas , à Clitan dre et à Claudine.

Ne Élites pas semblant de rien, et me laissez faire tous deux. (hautàClitandre.) Quoi! VOUS osez eu user de la sorte, après l'affaire de tantôt, et c'est ainsi que vous dis- simulez vos sentiments! On me vient rapporter que vous avez de lamour pour moi, et que vous faites des desseins

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ACTE II, SCÈNE X. 49

de me solliciter; j'en témoigne mon dépit, et m'expligpo à vous clairement en présence de tout le monde ; vous niez hautement là chose, et me donnez pdrole de n'avoir au- cune pensée de m'offeiiser : et cependant le même jour vous prenez la hardiesse de venir chez moi me rendre visite , de me dire que vous m aimez , de me faire cent sots contes, pour me persuader de repondre à vos extrava- gances, comme si j'étois femme k violer la toi que j'ai donnée 4 un mari , et m'éloigner jamais de la vertu que mes parents m'ont enseignée! Si mon père savoît cela, il vou^ apprdndroit bien à tenter de ces entreprises! Mais une honnête femme n aime point les éclats ; je n'd garde de lui en rien dire;

(après ayoir fait signe à Claudine d'apporter un i)Àton. ) et je veux vous montrer que, toute femme que je suis, j'ai assez de courage pour ine venger moi-niémé des offenses qtie 1 oii me fait. L'action que vous avez feite n est pas d'un gentilhomme, et ce n'est pas en gentillibmme aussi que je veux vous traiter.

(Angélique prend le b^tôh et le lève siir Clitandre , qui se range de façon que les coups tombent iur George Daâdiù. )

CLITANDRE, criant comme s'il afoit été frappé« Ah ! àh î ah ! âh ! ah ! dîouceme'nt î

liïOLikBE. 5.

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6o GEORGE DANDIN.

SCÈNE XI.

M, DE SOTENVILLE, MADAME DE SOTENVILLE, ANGÉUQ13E, GEORGE DANDIN, CLAUDINE.

GLAUDIKE.

Fort! madame, frappez comme il faut*

ANGELIQUE, faisant semblant de parler à Clitandre. S'il VOUS demeure quelque chose sur le cœur, je suis pour vous répondre.

CLAUDINE.

Apprenez à qui vous vous jouez.

A N G é L I Q U E , faisant rétonnée.

Ah ! mon père , vous êtes là!

M. DE SOTENVILLE.

Oui, ma fille; et je vois qu'en sagesse et en courage tu te montres un digne rejeton de la maison de Sotenville. Viens çàj approche-toi que je t embrasse.

MADAME DE SOTENVILLE.

Embrasse-moi aussi, ma fille. Las! je pleure de pie, et reconnois mon sang aux choses que tu viens de faire.

M. DE SOTENVILLE.

Mon gendre, que vous devez être ravi! et que cette aventure est pour vous pleine de douceurs ! Vous aviez un juste sujet de ^us alarmer ; mais vos soupçons se trouvent dissipés le plus avantageusement du monde.

MADAME DE SOTENVILLE.

Sans donte, notre gendre, et vous devez maintenant être le plus content des hommes.

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ACTE H, SCÈNE XI. 5i

CLAUDINE.

Assurément. Voilà une femme , celle-là! vous êtes trop heureux de ravoïr,,et tous deffriez baiser les pas où elfe passe. \ .

GEORGE DANDIN5 àparti

Hé! traîtresse!

M. DE SOTENVltliB.

Qu'est-'cc j mon geiidre? Que ne remefciez-vous un peu votre feinme de lamitié que vous voyez qu'elle montre pour vous?

A!^GÉLÏQUÈ.

Non, non ^ mon père, il n est pas nécessaire : il ne in'a aucune obligation de ce qu'il vient de voir, et tout cô que j^en fais n*ést que pour l'amour de moi-même.

M. DE SOTENVILLB.

Oii allez-yous, ma 'fille 7

ANGELIQUE.

Je me retire, mon père, pour ne me voir point obligée à recevoir ses compliments.

CLAUDINE, à George Daiydin.

Elle a raison d'être en colère. C'est une femme qui mé- rite d'être adorée, et voùs^ ne la traitez pais comme vous devriez.

GEOAOlt DAnDIK, a patt^

Scélfamtel

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5a GEORGE DANDIN.

SCÈNE XIL

M. DE SOTENVILLE, MADAME DE SOTENVILLE, GEORGE DANDIN.

M. DE SOTEirviLLE^

C'est un petit ressentiment de l'affaire de tantôt, et cela se passera avec un peu de caresses que vous lui ferez. Adieu, mon gendre; vous voilà en état de ne vous plus inquiéter. Âllez-rvous-en Êiire la paix ensemble ^ et tâchez de l'apaiser par des excuses de votre emportement.

MADAME DE SOTENVILLE.

Vous devez considérer que c'est une jeune fille élevée à la vertu, et qui n'est point accoutumée à se voir soup- çonner d aucune vilaine action. Adieu. Je suis ravie de voir vos désordres ' finis, et des transports de joie que vous doit donner sa conduite.

SCÈNE XIII.

GEORGE DANDIN.

Je ne dis mot^ car je ne gagnerois rien k parler : et ja- mais il ne s'est rien vu d'égal à ma disgrâce. Oui , j'admire mon malheur, et la subtile adresse de ma carogne de femme pour se donner toujours raison et me £ûre avoir

- " -*- ,

* Dluordret est là pour démêlés.

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ACTE II, SCÈNE XIII. 53

tort. Est-il possible |^e toujours j aurai du dessous avec elle, que les apparences toujours tourneront contre moi, et que je np; parvïeiîdyai point ^iqpnyaJi^Grp mon eflSrontée ? Oâel, seconde mes desseins, et i^'accorde la grâce de Êdre voif aux gens que l'on me déshonore !

FIN DU SÇCOKD AGTEl

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b4 GEORGE DANDIU.

^^»^^^^«^»^-^^»«^*^^^^»^~^-*>'^^^N»^'^^^«^>^^'^-^'^-^'^«^>^»*»'^'»-^'^'^«^-^^'^

ACTE TROISIÈME.

SCÈNE I.

CLITANDRE, LUBIN,

CLITANDRE.

La nuit est avancée, et j'ai peur qu'il ne soit trop tari Je ne vois point à me conduire. Lubin.

LTJBIN,

Monsieur?

CLITANDRB.

Est-ce par ici? *

LXJBIN.

Je pense que oui. Morgue I voilà une sotte nuit, d'être si noire que cela!

CLITANDRE.

Elle a tort assurément; mais, si d'un c6té elle nous empêche de voir, elle empêche de Fautre que nous ne §Qyons vus.

LXJBIN.

Vous avez raison , elle n'a pa* tant de tort. Je voudrois bien savoir, monsieur, vou^ qui êtes savant ^ pourquoi il ne Élit point jour la nuit.

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ACTE III, SCENE I. 55

CLITAKDRE.

Cest uRe grande questipn , et qiû est difficile. Tu es curieux, Lubin.

Oui. Si j'avois étudié, j^aufois été songer à des choses où on n^a jamais songé*

CLITAWDRE.

Je le crois. Tu as la mine d avoir Kesprit subtil et pô« nétiant.

Ll/BIN.

Cela est vrai. Tenez, j'explique du latin, quoî(jue ja- mais je ne Taie appris ; et voyant l'autre jour écrit sur uns grande porte, collegium, je devinai que cela vouloit dire collège.

CXITANDRE.

Cela est admirable. Tu sais donc lii'e, Lubin? ^

LUBIN.

Oui, je sais lire la lettre moulée, mais je nai jamaiâ su apprendre à lire l'écriture.

CLITANDRE. Nous voici contre la maison, (après avoir frappé dans ie*

mains.) C'est le signal que m'a donné Claudine.

LUBIN.

Par ma foi, c'est une fille qui vaut de l'argent, et je Taime &e tout mon cœur.

CLITANPRE.

Aussi t'ai-je amené avec moi pour lien tretenkr.

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56 GEORGE DANDIN.

LUBINf

Monsieur, je vous suis: . .

CLITAIÏDRB.

Chut, JTentends <juel<jue bruit.

SCÈNvË IL ANGÉU.QUP, CLAUDINE, CLITANDRE^ LIJBIN.

▲ NGELIQUEt

Claudine.

GLAVDIIfE,

Hébion?

ANGÉLIQUE,

Laisse la porte entr^ouyerte.

CLAUDINE.

Voilà qui *est Êiit. (Scène de nuit. Les acteurs s^ cherchent les un| Ips autres dans robscurité.) CLITANDRE, à Lubin,

Ce sont elles. St.

ANGÉLIQUE, St.

LUBIN.

St,

CLAUDINE. St. CLITANDREjà Claudine, qnil prend pour Angélique.

Madame.

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ACTE III, SCÈNE II. 5y

ANGELIQUE, à Lubin , qu elle prend ponr Glitandre«

Quoi?

LIJBIN, à Angéli^qe, qu'il prend pour Claudine. Claudine.

CLAUDINE, à Glitandre, quelle prend pour Lubin. Qu'est-ce?

CLITANDRE,à Claudine, croyant parler à Angélique. Ah î madame* que f ai de joie !

LUBIN, à Angélique , croyant parler à Claudine.

Claudine, ma pauvre Claudine!

CLAUDINE, à'Clitandre,

Doucement , monsieur.

ANGELIQUE, à Cubiq.

Tout beau, Lubin,

ÇLITANqRP.

Est-ce toi , Clfiudine ?

CLAUDINE.

Oui.

LUBIN.

Est-ce vous, madame?

ANGÉLIQUE,

Oui.

CLAUDINE, à Clitandr«0

Vous avez pris l'une ppur l'autre. .

LUB^IN, à Angélique..

Ma foi , la nuit on n'y voit goutte.

ANGÉLIQUE.

Est-ce pas vous, Clitandro?

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58 GEORGE DANDIN.

CLITANDRK.

Oui, madame.

Mon mari ronfle comme il faut, et j^ai pri» ce Umips pour nous entretenir ici.

CLITANDRE.

Cbercbons quelque lieu pour nouç as^eoir^

CLAVDIIfS. •

C'est fort Irien. avi$é*

( Angélique , Clitandre et Clandiae y^^t ft'i^Meoir ^vu If fimd du

théâtre.)

L U B I N y' cherchant Claudine.

Claudine , où est-ce que tu es ?

SCÈNE III,

ANGÉLIQUE, CLITANDRE et CLAUDINE, assis au roND DU THEATRE; GEORGE DANDIN, a MorriÉ

DÉSHABILLÉ; LUBIN.

GEORGE BAFDIN, à part.

Tai entendu descendre ma femme, et ja sue sui» yitc habiUé pour descendre appèss. elle. Où peut-elle être allée? Seroit-elle sortie?

LUBIN, olieffchjint Claudine.

Où es-tu donc ,. Claudine? (prenant Geotgç Danib pour

Claudine ) Ah ! te Yoilà. Par ma foi, ton maître est plaisam- ment attrapé, et je trouve ced avssi drâle que les coups de bâton de tantôt, dont on m^a &it récit. Ta maîtresse dit qu'il ronfle à cette heure comme toqs les diautKS; et

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ACTE JII, SCÈNE III. Sg

il ne sait pas (jue monsieur le vicomte et elle sont ensemble pendant qu^il dort. Je youebrois Uen savoir quel songe il fait maipfen^t. Ceh e$l tout- à -fait ri^ible. De quoi s'avise-t-il aussi d'être jaloux de sa femme, et de vouloir qu elle soit â lui tout seul? C'est un impertinent 9 et pion- sieur le vicomte lui fait trop d'honneur. Tu ne dis mot, Claudine! Allons, suivons-les, et me donne ta petite me- notte , que je la baise. Ah I que cela est doux , il me semble que je mange des confitures. ( à George Dandin , <}u*il prend toujours pour Claudine , et qui le

repousse rudement. ) Tubleu! comme vous y allez! Voilà une petite menotte qui est un peu bien rude.

QEORGE DÀNDIN,

Qui va là? Personne,

GEORGE DANPIN.

n fuit, et me laisse in&rmé de la nouvelle perfidie de ma coquine. Allons, il faut que, sans tarder, j'envoie ap- peler son père et sa mère, et que cette aventure me serve à Bfte Étire séparer d'elle. Holà! Colin! Cplin!

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6o GEORGE QANDIN.

SCÈNE IV.

ANGÉLIQUE et CLITANDRE avec CLAUDINE

ET LUBIN, ÀSSJS AU FOND DU THEATRE J GEORGE

DANDTN, COLIN.

COLIN, à la fenêtre.

Monsieur?

george dandin, Allons vite, ici bas.

COLIN, sititant par la fenêtre, •

M'y voilà, on ne peut pas plus vite.

GEORGE DANDfN.

Tu es là?

COLIN,

Oui, monsieur. . •

(Pendant que George Dandiii ya chercher Colin du cdté où il a entendu sa Toix , Colin passe de l'autre , et s*endort.]

GEORGE DANDIN, se tournant du cdté où il croit qu'est Colin.

Doucement, parle bas. Écoute. Va-t'en chez mon beau- père et ma belle-mère, et leur dis que je les prie très-ins- tamment de venir tout à Fheure ici. Entends-tu? Hé! Colin, Colin!

C O L I N , de l'autre cÀtê , se réyeiUant.

Monsieur?

GEORGE DANDIN.

Où diable es-tu?

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ACTE III, SCÈNE IV. Ci

COLIN.

Ici.

GEORGB DÀI^DIN.

Peste soit du marouâe qui s'éloigne de moi?

(Pendant que George Dandin retourne du cAté où il croit que Colin est resté, Colin , à moitié eùdormi, passe de Tantre côté^ et se rendort. )

Je te diis que tu aifles de ce pas trouver mon beau-père et ma l)elle-mère^ et leur dire que je les ccHijure de se rendre ici tout à l'heure. M'entends -tu bien? Réponds. Colin > Colin I

C 0 L I N , de Tautre c^té ^ st réreillant»

Monsieur?

GEORGE DÀNDIN.

Voilà lin pendard qui me fera enrager. Viétts-t'en moii

( Ils se rencontrent , et tombent tbué deiix. )

Ah! le traître! il m'a estropié. Où est-ce que tu es? Approche^ que je te donne mille coups* Je pense qu'il me fuit

COLIN.

Assurément^

GEORGB BAirnim

Veux-tu venir?

COLIN*

Nenni^mafoi.

GEORGE DANÙIIT.

Viens, te dis- je.

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6a GEORGE DANDIN.

COLIN.

Points Vous me voulez battre.

GEORGE DANDINé

Hé bien! non. Je ne te ferai rien.

COLIN.

Assurément?

OEaRGE DAN^IN. Otd. Appidcbe. Bon. ( à Colin , ^11 tient par !e bras. ) Tû

es bien heureux de ce (jue j'ai besoin de toi* Va-t'en tîte, de ma part , prier mon beau-père et ma belle-mère de se rendre ici le plus tôt qu% pourront, et leur dis que c'est pour une affaire de la dernière conséquence; et s^ib Ëii- soient quelque difficulté à cause de l'heure, ne manque pas de les (presser, et de kur bien faire entendre quHL est très -important qu'ils viennent, en quelque état qu'ils soient. Tu m'entends bien tnaintensoit? C0LIW4 Oui, monsieur^

GEORGE DAKDIN.

Va vite, et reviens de mêihe. (se croj.ant seul.) Et moi, je vais rentrer dans ma maison, attendant que.. ^ Mais j^cntends quelqu'un. Ne seroit-ce point ma femme? U faut que j'écoute, et me serve de Fobscurîte qu'il fait.

( George Dandin se range près la porte de sa maison. )

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ACTE 111, SCÈNE V. C3

SCÈNE V.

ANGÉLIQUE, CLITANDRE, CLAUDINE, LUBIN, GEORGE DANDIN.

ANGÉLIQUE, à ClitandTC.

Adieu , il est temps de se retirer.

CLITANDRE.

Quoi) sitôt?

ANGBIiIQUE*

Nous nous sommes assez entretoHis«

GLiTANDftB.

Ah ! madame , pt|îs-jé aÉset Vôm efllreleûir , et trouver, en si peu de tempd, loutels les piffole» dont faà besoin? n me faudroit des jouiHées entièfefs pom^ ma liien expli- quer à vous de tout ce que je sens ; et je ne Vous ai pas dit ' encore la moindre partie de ce que j'ai à vous dire.

ANGELIQUE.

Nous en écouterons une autre fois davantage.

CLITANDRE.

Hélas! de quel coup me percez-vous Fâme, lorsque vous parlez de vous retirer! et avec combien de chagrins m'alTez-vous laisser maintenant !

ANGÉLIQUE.

Nous trouverons moyen de nous revoir.

CLITANDRE.

Oui; mais je songe qu'en me quittant vous allez trou- ver un mari. Cette pensée m^ssassine, et les privilèges

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64 GEORGE DANDIN.

qu'ont les maris sont des choses cruelles pour un amant qui aime bien.

ÀNGÉLÏQI^E.

Serez-YOtts assez foible pour avoir cette inquiétude? et pensez-vous qu^on soit capable d'aimer de certains maris qu'il y a? On leâ frend parce qu'on ne s'en peut défendre , et qt^e l'on dépend de paretits qui n'ont des yeux <}ué pour le bien; mais on sait leur rendre justice, et Ton se moque fort de les cbnsidérer au-delà de ce qu'ils méritent^

GEORGE DANDIN, àpart.

Voilà nos carognes de femmes I

GLITANDRE.

•Ahl qu'il faut avouer que celui qu'on vous a donné étoit peu digne de l'honneur qu'il a reçu! et que c'est une étrange chose que l'assemblage qu'on a £adtd'une personne comme vous avec un homme comme lui!

GEORGE DANDIN, àpart.

Pauvres maris, voilà comme on vous traite!

CLITANDRE.

Vous méritez, sans doute ^ une tout autre destinée, et le ciel ne vous a point faite pour être la femme d'uu paysan.

ÔEÔItGE DANDIN^

Plût au ciel fût-elle la ti«;nnel tu changerois bien ie langage* Rentrons, c'en est assez.

( George Dandin , étant rentré p fefme la porte en dedans. )

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ACTE m, SCÈNE VL 65

SCÈNE VL ANGÉLIQUE, CUTANDRE, CLAUDINE^ LDBIN.

CLAUDINE.

MADAaiE, si VOUS ayez à dire du mal de votre mari, déj^chez vite, car il est tard,

CLITANDRB.

Ah! Claudine, tu es cruelle!

ANGÉLIQUE, à Glicandr».

Elle a raison, séparons-nous.

CLITANDRE.

n Êiut donc s y résoudre , puisque vous le voulez ; mais au moins je vous conjure de me plaindre un peu des mé- chants moments que je "^is passer.

ANGÉLIQUE.

Adieu.

I.UBIN.

Où es- tu, Claudine? que je te donne le bonsoir.

CLAUDINE.

Va, va, je le reçois de loin, et je t'en Fenvoîe autant,

SCÈNE VIL ANGÉLIQUE, CLAUDINE

ANGÉLIQUE.

Rentrons satis faire de bruit,

CLAUDINE.

La porte s'est fermée.

MOLX&llE. 5. ^

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66 GEORGE DANDIN.

ÀNGIÎLIQVE.

Tai le passe-partout.

CLÀVDIIfE.

Ouvrez donc doucement.

ANGELIQUE.

On a fermé en dedans^ et |e ne sais comment nous ferons.

CLÀUDIIfB.

Appelez le garçon qui couche là.

ANGÉLIQUE.

Colin! Colinl Colin!

SCÈNE VIIL GEORGE DANDIN, ANGÉLIQUE, CLAUDINE.

GEORGE DANDIN^ à la fenêtre.

Colin! Colin! Ah! je tous y prends donc, madame ma femme ; et vous faites des escampatwos ' pendant que je dors ! Je suis bien aise de cela , et de vous Yoir dehors à Fheure qu'il est

ANGÉLIQUE.

Hé bien! quel grand mal est-ce qu'il y a à prendre le frais de la nuit?

GEORGE DANDIN.

Oui, oui, ITieure est bonne à prendre le frais. C'est bien plutôt le chaud, madame la coquine ; et nous savons

' Faire des escampativos , expression populaire , sortir a la dérobée , s'esquiver en cachette.

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ACTE III, SCÈNE VIII. Cy

taate Fintrigue du rendez-vous et du damoiseau. Nous ayons entendu yotre galant entretien , et les beaux vers à ma louange que vous avez dits Tun et l'autre. Mais ma consolation , c est que je vais être vepgé , et que votre père et votre mère seront convaincus maintenant de la juinice de mes plaintes , et du dérèglement de votre conduite. Je les ai envoyé qûerir, et ils vont être ici dans un moment.

ANCiLIQUE, à part.

Ah ciel! Madame!

CLÀUDIIfJK.

6B0R6B DANDIN,

Voilà un coup sans doute où vous ne vous attendiez pas. C'est maintenant que je triomphe, et j'ai de quoi mettre à bas votre orgueil et détruire vos artifices. Jus- qu^ici vous avez joué mes accusations, éHoui vos parents, et plâtré vos malversations.. J'ai eu beau voir et beau dire , votre adresse toujours la emporté sur mon bon droit, et toujours vous avez trouvé moyen d'avoir raison; mais à cette fois. Dieu merci, les choses vont être éclaircies, et votre effi-onterie sera pleinement confondue.

ANGÉLIQUE.

Hé ! je vous prie , faites-moi ouvrir la porte.

GEORGE. DANDIN.

Non, non; il faut attendre la venue de ceux que jai mandés, et je veux qu^ils vous trouvent dehors à la bdle heure qu^il est. En attendant qu'ik viennent, songez, si vous voulez, â chercher dans votre tête quelque nouveau

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68 GEORGE DANDIN.

détour pour vous tirer de cette affaire, à inventer quelque moyen de rhabiller vôtre escapade; à trouver quelque b^e ruse pour éluder ici les gens et paroitre innocente ; quelque prétexte spécieux de pèlerinage nocturne, ou d'amie en travail d enfant que vous veniez de secourir.

ANGÉLIQUE.

Non, mon intenrïon n'est j,as de vous rien déguiser. Je ne prétends point me défen<be ni vous nier les choses, puisque vous les savez.

GEORGB DANDIN.

C'est que vous voyez bien que tous les moyens vous en sont fermés^ et que dans cette affaire vous ne sauriez in- venter d'excuse qu'il ne me soit facile de convaincre de fausseté.

ANGÉLIQUE.

Oui , je confesse que j'ai tort , et que vous avez sujet de vous plaindre; mais je vous demande par grâce de ne m exposer point maintenant à la mauvaise humeur de mes parents, et de me faire promptement ouvrir.

GEORGE DANDIN.

Je vous baise les mains.

ANGÉLIQUE.

Hé ! mon pauvre petit mari, je vous en conjure.

GEORGE DANDIN.

Ah! mon pauvre petit mari? Je suis votre petit mari maintenant parce que vous vous sentez prise. Je suis bien aise de cela; et vous ne vous étiez jamais avisée de me dire de ces douceurs.

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ACTE III, SCÈNE Vin 69

ANGÉLIQUE.

Tenez , je vous promets de ne vous plus donner aucun sujet de déplaisir, et de me. . .

GEORGE DANDIW.

Tout ceh n'est rien. Je ne veux point perdre cette aventure, et il m'importe qu'on soit une fois éclairci à fond de vos déportements.

ANGÉLIQUE.

De grâce, laissez-moi vous dire. Je vous demande un moment d'audience.

f EORGE DANDIN,

Hé bien? quoi?

ANGÉLIQUE.

Il est vrai que j'ai failli , je vous Favoue encore une fois ^ et que votre ressentiment est juste; que j ai pris le temps de sortir pendant que vous dormiez, et que cette sortie est un rendez-vous que j avois donné à la personne que vous dites : mais enfin ce sont des actions que vous devez pardonner à mon âge, des emportements de jeune per- sonne qui n'a encore rien vu, et ne fait que d'entrer au monde; des libertés où Ton s^abandonne sans j penser de mal, et qui, sans doute, dans le fond n'ont rien de. . .

GEORGE DANi)IN.

Oui, vous le dites, et ce sont de ces choses qui ont besoin qu^on les croie pieusement.

ANGÉLIQUE.

Je ne veux point m'excuser par-là d'être coupable en- vers vous, et je vous prie seulement d'oublier une offense

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70 GEORGE DANDIN.

dont je vous demande pardon de tout mon cœur^ et de m'épargner en cette rencontre le déplaisir que me pour* roient causer les reproches fâcheux de mon père et de ma mère. Si vous m accordez généreusement la grâce que je TOUS demande, ce procédé obligeant, cette bouté que vous me ferez ypir me gagnera entièrement^ elle touchera tout-à-Ëdt mon cœur, et y fera naître pour yous ce que tout le pouvoir de mes parents et les liens du mariage nayoient pu y jeter; en un mot, elle sera cause que je renoncerai à toutes les galanteries, et n aurai de rattache- ment que pour yous. Oui, je yous donne ma parole que vousm^allez yoir désormais la meilleure femme du monde, et que je yous témoignerai tant d amitié, tant d'amitié, que yous en serez satisfait*

GEORGE DANDIN.

Ah! crocodile qui flatte les gens pour les étrangler 1

ANGÉLIQUE.

Accordez-moi cette fayeur.

GEORGE DANDlNé

Point d'afiaire, je suis inexorable.

ANGÉLIQUE.

Montrez-yous généreux.

GEORGE DANDIN,

Non. De grâce. Point.

ANGELIQUE. GEORGE DANDIN«

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ACTE m, SCÈNE VIII. 71

ANGÉLIQUE.

Je TOUS en conjure de tout mon cœur.

GEOUGE DANDIIf.

Non , non , non. Je veux (jti'ôn soit détrompé de vous , et que votre confusion éclaté.

ANGÉLIQTTË.

Hé bien! si vous me réduisez ait désespoir, je rou^ avertis qu'une femme en cet état est capable de tout, et que je ferai quelque chose ici dont vous vous repeûtiirezt^

GEORGE DANDIN.

Et que ferez-vous, s'il vous plaît?

ANGÉLIQUE.

Mon cœur se portera jusqu'aux extrêmes résolutions, et , de ce couteau que voici , je me tuerai sur la place.

GEORGE DANDIN.

Ahl ahl à la bonne heure.

ANGÉLIQUE.

Pas tant à la bonne heure pour vous que vous vous imaginez. On sait de tous côtés nos diflEérents et les cha- grins perpétuek que vous concevez contre moi. Lorsqu on me trouvera morte, il n'y aura personne qui mette en doute que ce ne soit vous qui m'aurez^ tuée ; et mes parents ne sont pas gens assurément à laisser cette mort impunie^ et ils en feront sur votre personne toute la punition que leur pourront offrir et les poursuites de la justice et la chaleur de leur ressentiment. C'est par-là que je trouverai moyem de me venger de vous ; et je ne suis pas la première qui ait su recourir à de pareilles vengeances , qui n'ait pas

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-a GEORGE DANDIN.

fait difficulté de se donner la mort pbor perdre ceux qui ont la cruauté de nous pousser à la dernière extrémité.

GEORGE DANDIN.

Je suis votre valet. On ne s'avise plus de se tuer soi- même; et la mode en est passée il y a long-temps.

ÀNGiLIQUE.

C'est une chose dont^vous pouvez vous tenir sûr; et, si vous persistez dans votre refus, si vous ne me faites ou- vrir, je vous jure que tout à l'heure je vais vous faire voir jusqu^où peut aller la résolution d'une personne qu'on met au désespoir.

GEORGE DANDIN.

Bagatelles I bagatelles l'c'est pour me faire peur.

ANGELIQUE,

Hé bien I puisqu'il le faut , voici qui nous contentera tous deux, et montrera si je me moque, (après avoir fait semblant de se tuer.) Âh! c'eo est fait! fasse le ciel que ma mort soit vengée comme je le souhaite , et que celiii qui en est cause reçoive un juste châtiment de la dureté qull a eue pour moi!

GEORGE DANDIN.

Ouais I seroit-elle bien si malicieuse que de s'être tuée pour me faite pendre? Prenons un bout de chandelle pour aller voir.

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ACTE III, scène; IX. 73

SCÈNE IX. ANGÉLIQUE, CLAUDINE.

ANGÉLIQUE, àClandine.

St! Paix! Rangeons -nous chacune immédiatement contre un des côtés de la porte.

SCÈNE X. ANGÉLIQUE et CLAUDINE, eotrant dans ul ujlisov

AU MOMENT QUE GEORGE DANDIN EN SORT, ET FERMANT LA PORTE EN DEDANS; GEORGE DANDIN, UNE CHAN- DELLE A LA MAIN.

GEORGE DANDIN.

La méchanceté d une femme iroît-elle bien josque-là?

(tenl, après ayoir regardé partout.) Il vi^y a personne. Hé! je

m'en étois bien douté; et la pendarde s'est retirée, yoyant qu^elle île gagnoit rien après moi,. ni par prières, ni par menaces. Tant mieux, cela rendra ses afikires encore plus mauvaises; et le père et la mère, qui vont venir, en ver- ront mieux son crime, (après ayoir été à la porte de sa maison pour rentrer.) Ah! ah! la porte s'est fermée! Holà! oh! quelqu'un! qu'on m'ouvre promptement.

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74 GEORGE DANDIIT.

SCÈNE XL

ANGÉLIQUE et CLAUDINE, a tx fenêtre; GEORGE DANDIN.

ANGÉLIQUE.

Comment I c'est toi I D'où viens-ta , bon pendard? Est-il rheure de revenir chez soi quand le jour est près de paroître? et cette manière de vie est-elle celle que doit suivre un honnête mari?

CLAUDINE*

Cela est-il he^n d'aller ivrogndr toufe la nuit, et de laisser ainsi toute seule une pauvre jeune femme dans la maison?

GEORGE DANDIN.

Comment? vous avez. • .

ANGÉLIQUE.

Va, va, traître, je suis lasse de tes déportements, et je m'en veux plaindre sans plus tarder à mon père et à ma mère.

GEORGE DANDIN.

Quoi I c'est ainsi que vous osez. . .

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ACTE III, SCÈNE XII. 75

SCÈNE XII. M. DE SOTENVILLE et MADAME DE SOTENVILLE,

EN DÉSHABILLÉ DE NUIT; COLIN, PORTANT UNE LAN- TERNE ; ANGÉLIQUE et CLAUDINE a la fenêtre ; GEORGE DANDIN.

ANGELIQUE, à M. et à madame de Sotenyille. Approchez, de grâce; et venez me faire raison de 1 insolence la plus grande du monde , d(f n mari à qui le vin et la jalousie ont troublé de telle sprte la cervelle, qu'il ne sait plus ni ce qu'il dit ni ce qu'il fait, et vous a lui-même envoyé quérir pour vous faire témoins de Fex- travagance la plus étrange dont on ait jamais ouï parler. Le voilà qui revient, comme vous voyez, après s^étre &it attendre toute la nuit : et , si vous voulez Fécouter , il vous dira quil a les plus grandes plaintes du monde à vous Ëdre de moi; que, durant qu'il dormoit, je me suis dérobée d'auprès de lui pour m'en aller courir , et cent autres contes de même nature qu'il est allé rêver.

GEORGE DANDIN, à part.

Voilà une méchante carognel

CLAUDINE.

Oui, il nous a voulu faire accroire qu'il étoit dans la maison, et que nous en étions dehors ; et c'est une folie qui] n'y a pas moyen de lui ôter de la tête.

M. DB SOTENVILLE.

Comment ! qu'est-ce A dure cela?

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yS GEORGE DANDIN.

MADAME DE SOTE^KVILLE.

Voilà une furieuse impudence (jue de nous envoyer quérir?

GEOJaGE DANDIN.

Jamais...

ANGÉLIQUE.

Non, mon père, je ne puis plus souflSrir un mari de la sorte; ma patience est poussée à bout : et il vient de me dire cent paroles injurieuses,

M. DE SOTENTILLE, à George Dandîn.

Gorbleu! vous êtes un malhonnête homme!

CLAUDINE.

C'est une conscience de voir une pauvre jeune femme traitée de la Ëiçon ; et cela crie vengeance au ciel.

GEORGE DANDIN.

Peut-on...?

M. DE SOTENVILLE.

Allez, vous devriez mourir de honte.

GEORGE DANDIN.

Laissez-moi vous dire deux mots.

ANGÉLIQUE.

Vous n'avez qu'à l'écouter, il va vous en conter de belles.

GEORGE DANDIN, à part.

Je désespère.

CLAUniNE.

n a tant bu, que je ne pense pas quon puisse durer

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ACTE III, SCÈNE XIL yj

contre lui; et l'odeur du vin qu'il souffle est montée jus- qu'à nous.

GEORGE DAIfDIN.

Monsieur mon beau-père, je vous conjure. . .

M. DE SOTENVILLE.

Retirez-vous, vous puez le vin à pleine boucle.

GEORGE DANDIK.

Madame , je vous prie. . .

MADAME DE SOTENVILLE.

Fi! ne m'approchez pas, votre haleine est empestée.

GEORGE DANDIN, à M. de Sotenyille. Souffirez que je vous. . .

M. DE SOTENYILLE.

Retirez-vous, vous dis-je : on ne peut vous souflBrir.

GEORGE DANDIN, à madame de Sotenyille. Permettez , de grâce , que. . .

MADAME DE SOTENVILLE.

Pouah! vous m'engloutissez le cœur. Parlez de loin, si VOUS voulez.

GEORGE DANDIN.

Hé bien! oui, je parle de loin. Je vous jure que je nai bougé de chez moi, et que c'est elle qui est sortie.

ANGÉLIQUE.

Ne voilà pas ce que je vous ai dit?

CLAUDINE.

Vou$ voyez quelle apparence il y a.

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78 GEORGE DANDIN,

M. D£ SOTEiryiLLB, à George Dandio.

Allez, VOUS VOUS moquez des gens. Descendez, ma fille, et Tenez icL

SCÈNE XIIL

M. DE SOTENVILLE, MADAME DE SOTENVILLE, GEORGE DANDIN, COLIN.

GEORGE DAKDIir.

/atteste le ciel qae fétois dans la maison, et que. •.

M. de SOTENVILLE,

Taisez-Tous, c^est une extravagance <jni n'est pas sup- portable.

GEORGE DAUDIir.

Que la fondre m'écrase tont à Heure, si. . .

M. DE SOTENVILLE.

Ne nous rompez pas davantage la tète, et songez à de- mander pardon à votre femme.

GEORGE DANDIN.

Moi ! demander pardon ?

M. DE SOTENVILLE.

Oui, pardon, et sur-le-champ.

GEORGE DANDIN.

Quoi! je...

• M. DE SOTENVILLE.

Corbleu! si vous me répliquez, je vous apprendrai ce que c'est que de vous jouer à nous.

GEORGE DANDIN.

Ah ! George Dandin ! '

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ACTE III, SCÈNE XIV. 79

SCÈNE XIV.

M, PE SOTENVILLE, MADAME DE SOTENVILLE, ANGÉUQDE, GEORGE DAIÎDIN, CLAUDINE, COLIN.

M. DE SOTENVILLE.

Allons y venez, ma fille, que votre mari vous demande pardon.

ANGÉLIQUE.

Moi! luî pardonner tout ce qu'il m'a dit? Non, non, mon père, il m est impossible de m'y résoudre; et je vous prie de me séparer d'un mari avec lequel je ne saurois plus vivre.

CLAUDINE.

Le moyen d'y résister!

M. DE SOTENVILLE.

Ma fille, de semblables séparations ne se font point sans grand scandale; et vous devez vous montrerions saga que lui , et patienter encore cette fois.

ANGÉLIQUE.

Comment I patienter, api?ès de telles indignités? Non , mon père, c'est une chose où je ne puis consentir.

M. DE SOTENVILLE.

Il le faut, ma fille; et c'est moi qui vous le commande.

ANGÉLIQUE.

Ce mot me ferme- la bouche, et vous avez sur moi une puissance absolue.

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8o GEORGE DANDIN

CLAUDINE.

Quelle douceur!

ANGELIQUE.

n est fâcheux d'être contrainte d oublier de telles in- jures; mais, quelque violence que je me &sse^ c'est à moi de vous obéir.

CLAUDINE.

Pauvre mouton I

H. DE SOTENVILLE, àAngéli^e.

Approchez,

ANGÉLIQUE.

Tout ce que vous me faites faire ne servira de rien ; et VOUS verrez que ce sera dès demaili à recommencer.

M. DE SOTENVIU.E.

Nous y donnerons ordre, (à George Dandin.} Allons ^ mettez-vous à genoux.

GEORGE DANDJN.

A genoux?

M. DE SOTENVILLE.

Oui; à genoux, et sans tarder.

GEORGE DANDIN, à genoux , une chandelle II la maia. (à part.) (àM. de Sotenville.)

O ciel! Que Êiut-il dire?

M. DE SOTENVILLE.

Madame , je vous prie de me pardonner. . •

GEORGE DANDIN.

Madame, je vous prie de mc.paidonner...

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ACTE III, SCÈNE XIV. 81

M. DE SOTENYILLE.

L'extravagance <jue j ai faite. . .

GEORGE DANDIN.

L'eztrayaganceque j'ai&ite. . . ( à part. ) devous épouser.

M. DB SOTENYILLE.

Et je vous promets de mieux vivre à Tavenir.

GEORGE DAKDIN.

Et je VOUS promets de mieux vivre à l'avenir.

M. DE SOTSNVILLE, à George Dandln«

Prenez-y garde, et sachez que c'est ici la dernière de vos impertinences que nous souffirirons.

MADAME DE SOTENVILLE.

Jour de Dieu! si voils y retournez , on vous apprendra le respect que vous devez à votre femme , et à ceux de qui elle sort.

M. DE SOTENVILLE.

Voilà le jour qui va paroître. Adieu.

( à George Dandiii . )

Rentrez chez vous, et songez Ken à être sage. (h madame de Sotenyille. )

Et nous, m'amour, allons nous mettre au lit

MoLiànB. 5.

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8a GEORGE DANDIN. ACTE IH , SCÈNE XV. .

■. SCÈNE XV.

GEORGE DANDIN.

t

Ah ! je le quitte * maintenant , et je n y vois plus de re- mède. Lorscpon a, comme moi, épousé une méchante femme, le meilleur parti qu*on puisse prendre, c'est de s aller jeter dans Peau la tête la première. I

■ Je le quitte, pour, j'y renonce*

riN DB 6EOROB DANriIT.

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RÉFLEXIONS

SCR

GEORGE DANDIN.

Ci'EST l'unique fois que Molière a présenté une femme mariée manquant k ses devoirs. Ce sujet , très-délicat par lui-même , parut traité avec tant d'art et de mesure , qu'il n'excita dé scandale, ni à Is^ cour de Louis XIY^ oà la pièce fit partie d'une fête célèbre , ni à la ville , ^oh elle fut jouée avec le plus grand succès. Dans le dix-huitième siècle y un prétendu phi- losophe, dont nous avons déjà eu l'occasion de parler dans nos réflexions sur l'Ava&e , s'éleva contre le sujet de George Danoin avec une austérité feinte, et prétendit que Molière avoit attenté aux bonnes mœurs en le développant sur la scène. Il oublîoit que lui-même avoit composé des ouvrages bien plus répréhensibles , et qu'en donnant aux égarements les plus condamnables les. dehors de la sensibilité %i de la vertu, on s'expose plus à corrompre et à dépraver les cœurs que si l'on o&e sans détour le vice dans toute sa difformité. Quoi qu'il en soit, voici les questions que J. J. Rousseau agita dans sa LFrraE sua les Spectacles.

« Quel est le plus criminel, dît-il, d'un paysan assez fou fc pour épouser une demoiselle , ou d'une femme qui cherche « « déshonorer son époux ? Que penser d'une pièce où le par-

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84 REFLEXIO:SS

<( terre applaudit à Pinfidélité , au mensonge , à l'impudence K de celle-ci , et rit de la bêtise du manant puni ? »

Autant de mots, autant d'erreurs. Molière ne cherche pas quel est le plus criminel des deux ëpoux; ce n'est point l'af- faire du théâtre; il se borne à exposer avec vérité ce qui arrive souvent. Un paj'san enrichi a trouvé à son goiit la fille d'un gentilhomme de campagne; il l'a épousée sans la consulter; et les parents , d'accord avec lui , ont seuls (ait ce mariage. Que doit-il attendre, non-seulement d'une alliance aussi dispro- portionnée, mais de la contrainte à laquelle sa jeune femme a été réduite ? Ce qui lui arrive. Il sera obligé d'essuyer les hau- teurs des nobles parents qui Pont adopté en le méprisant , et de soufirir patiemment les désordres d'une femme dont il n*a jamais été aimé , et qu'il a épousée malgré elle. Ne mérite- 1- il pas son sort? Peut-on taxer de simple sottise la vanité d'un paysan qui a voulu s'unir à une demoiselle , et qui n'a pas eu la précaution de s'assurer de son aveu? Cette vanité ridicule, ce défaut de délicatesse, ne sont-ils pas la cause principale de presque tous^ les mauvais mariages ? Ne doivent-ils pas être considérés comme des vices contraires k la société et à la mo- rale? Et peut -on trouver mauvais que Molière en ait déve- loppé les suites funestes?

Le grand écueil du sujet éloitle rôle d'Angélique : si l^^o- lièrc i'eût peinte avec les charmes qu'il se plaît à répandre sur les jeunes personnes qu'il met en scène, on auroit pu le blâ- mer; mais il suit une route différente : le parterre n'applaudit pas , comme le croit Rousseau , à l'infidélité et au mensonge. Le moment où Angélique auroit pu être très-intéressante, est celui où elle répond à George Dandin qui lui fait des re- proches sur sa conduite , et qui lui rappelle la foi qu'elle lui a ^ jdrce : « Moi, dit-elle, je ne vous l'ai pas donne e de bon cœÛr,

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SUR GEORGE DANDIN. 85

« vous me l'avez arrachde. M'avez-vous, avant le mariagC) a demandé mon consentement , et si je voulois bien de vous? » Ici Molière auroit pu s'étendre beaucoup , comme n'auroient pas manqué de faire plusieurs auteurs modernes, et Rousseau lui-même : il auroit pu présenter Angélique comme une vic- time de la tyrannie de ses parents, justifier sa foiblesse, et montrer que des passions fortes sont une excuse suffisante pour toutes les fautes; mais il est loin d'en agir ainsi : Angélique continue gaîment, dit qu'à son âge elle veut s'amuser et vivre dans le monde ; et rendez grâce au cUt, ajoute-t-elle, </« ce que je ne suis pas capable de quelque chose de pis» Le reste de SOn rôle est sur le même ton : elle n'intéresse jamais ; et si Ton rît des sot- tises et des humiliations de George Dandifi, on ne peut ap- plaudir au« ruses de sa femme. En efiet, ses justifications n'annoncent ni délicatesse, ni esprit; elle profite de la foiblesse de son mari et de la crédulité de ses parents pour nier avec impudence des faits avérés : die ne cherche pas à tromper George Dandin ; elle ne veut que l'asservir. Gomment donc Rousseau a-t-il pu trouver que le parterre devoit applaudir à une telle femme ? Il n'a pas senti que ce rôle , dont les diffi- cultés paroîtroient insurmontables , si le génie de Molière ne les eût pas aplanies, est dans la plus jujite mesure, et qu'il oSie le premier exemple au théâtre d'une femme qui trompe un homme sans avoir le public de son côté. G est un effort de l'art qui ne nous frappe pas assez, parce qu'il paroît rentrer dans la nature du sujet.

Les autres rôles sont parfaitement appropriés à l'action. M. et madame de Sotenville présentent la peinture fidèle des nobles campagnards du dix -septième siècle. Leur orgueil, leur morgue, leur simplicité , donnent lieu à une multitude de traits comiques. Lés indiscrétions de Lubin rappellent

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86 RÉFLEXIONS

quelquefois celles d'Horace dans l'École des Femmes : mais la situation est absolument différente; et l'indiscret a un tout autre caractère que celui de l'amant d'Agnès. On a prétendu mal à propos que ce rôle de Lubin avoit servi de modèle aux paysans si souvent employés dans les pièces de Dan- court. On s'est trompé. Le comique de cet auteur consiste à leur donner beaucoup d'esprit et de finesse sous l'apparence de la niaiserie. L'intention de Molière , dans ce rôle y n'a pas été la même : il a peint au contraire un paysan qui se croit de l'esprit et qui n'en a point , dont toutes les ruses échouent, et dont l'indiscrétion est un obstacle continuel aux projets de son maître.

Il n'y a point de pièce de Molière où la naïveté des bour- geois du dix-septième siècle soit plus franche et plus gaic^Le rôle de George Dandin fourmille de traits qui lui sont arrachés par sa situation, et qui peignent ce mélange de bonhomie et d'égoîsme qui distinguoit cette classe. En général , dans cette pièce, qu'on affecte aujourd'hui de dédaigner, on ne trouve pas un mot, pas un incident qui ne soit du comique le plus naturel et le plus fort.

Deux nouvelles de Bocace ont fourni à Molière l'idée de cette comédie , dont tous les détails lui appartiennent.

Le fond du sujet est pris de la huitième nouvelle de la sep- tième journée du Décaméron. Arriguccio Berlinghièri , riche marchand, a épousé une demoiselle noble, appelée Sismonde : cette jeune femme a un amant qu'elle reçoit la nuit. Arriguccio s'aperçoit de leur intelligence^ et sort pour attaquer l'amant dans la rue. Sismoude profite de son absence , et fait mettre une servante à sa place dans sou lit. Le mari rentre, bat cette fille, croyant battre Sismonde,, lui coupe les cheveux, et va chercher les parents de sa femme* Aussitôt celle-ci renvoie la

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SUR GEORGE DANDIN. 87

servante 9 et attend tranquillement son mari y qui revient très- irritë : il est accompagne de la mère de Sismonde; et quel est son étonnementy au moment où il croit pouvoir couvrir sa femme de honte, de la tj^ouver avec ses cheveux et sans contu- sion! Elle Taccuse hardiment d'être un. ivrogne , un libertin , et d'avoir y dans son^vresse, maltraite une autre femme : elle ajoute qu'elle lui pardonne, et prie généreusement sa mère d'avoir la même indulgence. La mère fait grand bruit*. ' .'«Par cela croix de notre Seigneur^ s'ëcrie-t-elle , il est indigne de « cette grâce i au contraire, il faudroit faire périr sous le bâton ce cet animal ingrat et orgueilleux. Jamais il ne fut digne d'a- ce voir une femme de ta naissance et bcUe comme toi. H « pourroit se conduire ainsi, s'il favoit prise dans la lie du ce peuple, etc.» Cette femme furieuse raconte aux frères de Sismonde l'outrage qu'elle a reçu : ils maltraitent Arriguiîcio, et lui font promettre de n'être plus jaloux.

Le dénoûment de George Dajïdin a de grands rapports avec celui de la quatrième nouvelle de la même journée. Ghita, femme de Tofano^ a un ^ amant : son mari, jaloux, la surveille de très-près. Malheureusemetit pour lui, il a l'habi- lude de s'enivrer à Tentrée de la nuit; et sa femme profite de ce moment pour aller voir celui qu'elle aime. Cependant, ayant conçu quelques soupçons, il se ménage, et feint un soir d'être plus ivre que de coutume. Gl^ta sort; il ferme aussitôt la porte, et se met à la fenêtre pour attendre son retour. Elle revient , fait de vains efibrts pour entrer chez elle , et soo mari

' Alla ciFoce d*Iddio figliuola mia, cotesto non si vorrebbe toie^ anâ si Torrebbe uœidere questo can Êutidioso e scoooscente cbe egli nonne fil degno dliavere aua figliuola fatta corne se* tu. Fraie Lene tta, basterebbt k'egli t*l:aresse ricolta del faDgo, etc.

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88 RÉFLEXIONS

lui parle ainsi : ' « Vous vous fatiguez inutilement , madame ; (f vous ne pouvez rentrer. Retournez dans Pcndroit d'où vous (( venez; et soyez sûre que je ne vous laisserai pas reparoîtrc c( ici, avant qu'en présence de vos parents et des voisins, j'aie « dévoilé vos actions, et que vous en ayez retiré la récom- (( pense qu'elles méritent.» Ghita, absolument dan^ la même situation qu'Angélique, conjure son mari de lui ouvrir, en lui faisant les plus belles promesses : il est inflexible , comme George Dandin. Enfin elle a recours aux menaces : « Si vous ne « m'ouvrez pas^Jui dit-elle, je vous rendrai l'homme le plus « malheureux qui existe. — Et que pouvez-vous me faire? ré- <( pliquo-t-il. — Avant , poursuit-elle , de supporter la honte c( dont vous voulez me couvrir , je me jetterai dans le puits « qui est près d'ici. Quand on m'y trouvera morte, personne « ne doutera que dans un moment d'ivresse vous ne m'y ayez « jetée. Alors il faudra fuir, et perdre tout ce que vous avez, « ou plutôt on fera tomber votre tête sur l'échafaud ; et vous c( mériterez ce supplice, comme mon assassin. » Tofano, ne la croyant pas capable de cette résolution , persiste dans son re-

K Donna, ta ti &tîclii in vano , percio che qua entro non potrai tu ter- nare. Ya, toroati là dove infino adliora se' stata, et habbi par cerio che eu non ci tornerai mai infino a tanto che io di questa cosa, in presenza de* parenti tuoi e de' vicini te n'havro fatto quello honore che ti 9 conviene. La donna. . , — Se tu non m'apri , io ti faro il più tristo hnom che viva. A cm ToÊmo rispose. E che mi puoi tu &re? — îïmanzi ch'io vogUa soffifrire la vergogna che tu mi vuoi fare ricerere a toito, io mi gilterô in quesito pozzo, che qui è vicino, nel quale essendo poi trovata morta , niona per- «ona sarà che creda che'altri che tu per ebhrezza mi v'habbia gittata, e o ti converrà fiiggire e perder cio che tu hai e «sere in bando, o con- verràche ti sia tagliata la testa siccome a micidial di me , che tu veramente sarai stato. — Hor ecco 10 non posso più soffiire qnesto luo Êutidio. Dio il li perdoni, etc.

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SUR GEORGE DANDIN. 89

fus. a Allons, dit-elle, je ne peux plus souffrir tant de mépris, <t je prie Dieu qu'il tous pardonne ma mort. » A ces mots, elle j3tle une très -grosse pierre dans le puits, en s'écriant : <f O Dieu, pardonnez-moi. » Tofano, trompé par le bruit de la pierre , croit que sa femme se noie ; i| sort pour aller à son secours. Ghita rentre précipitamment , ferme la porte , se met à la fenôtre, et fait mille reproches à son mari : elle le traiic d'ivrogne et de libertin. Les voisins accourent; elle leurraconie en pleurant que son mari passe les nuits à boire hors de sa maison, et demande ce qu'on penseroit, si, comme lui, elle étoit dans la rue à une pareille heure. Les parents de Ghiîa arrivent; et le mari, battu, maltraite par eux , est oblige de demander pardon à sa femme.

On voit que Molière a beaucoup profité de cette nouvelle pour le dénoûment de George Dandiit. Il a même employé presque tout le dialogue de Bocace. Il ne faut pas conclure de ces emprunts qu'il ait eu moins de mérite que s'il eût in- ?euté le sujet et le dénoûment de la pièce. «Je prie les con- te noisseurs, dit Riccoboni, en oubliant un instant George aDANDiN pris de deux. contes de Bocace, de lire ces contes, <( et de juger après s'il est aisé ou s'il est possible d'en faire xc une comédie. Je suis sûr qu'ils diront que non. Si quelque « bel esprit le trouve facile , je lui donnerai à choisir le conte « qu*il voudra mettre sur le théâtre , et je gagerai d'avance <( qu'il n'en viendra pas à bout. » Le génie de Molière se montre principalement dans son aptitude à tirer parti de tous les sujets,' à leur donner une forme dramatique, et un but moral dont on ne les auroit pas crus susceptibles.

La relation ofHcielle de la fête qui eut lieu pour la paix de 1 668 est placée à la fin de ce volume. On lira avec inté- lit cotte relation, qui donne une idce de .'a magnificence de

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90 RÉFLEXIONS SDR GEORGE DANDDÎ.

Louis XIV. On 7 voit que la pièce de Molière en fut un des principaux ornements : elle of&e en outre les intermèdes que l'auteur avoit joints à sa comëdie> afin de rendre le spectacle plus varie et plus agréable.

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MONSIEUR

DE POURCEAUGNAC,

COMÉDIE-BALLET

EN TROIS ACTES ET EN PROSE,

Représentée à Ghambord, le 6 octobre 1669; et à Paris, sur le théAtru du Palais-Rojal , le 1 5 norembre de la même année.

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PERSONNAGES DE LA COMEDIE.

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC.

ORONTE, père de Julie.

JULIE, mie d'Oronte.

ÊRASTE, amant de Julie.

NËRINE, femme d'intrigue, feinte Picarde.

LUCETTE, feinte Languedocienne.

SBRIGANI, Napolitain, homme d'intrigue.

PREMIER MÉDECIN.

SECOND MÊDECIJV.

UN APOTHICAIRE,

UN PAYSAN.

UNE PAYSANNE.

PREMIER SUISSE.

SECOND SUISSE.

UN EXEMPT.

DEUX ARCHERS.

PERSONNAGES DU BALLET.

UNE MUSICIENNE. DEUX MUSICIENS. TROUPE DE DANSEURS.

D2LX MAÎTRES A DANSER.

DEUX PAGES dansants.

QUATRE CURIEUX DE SPECTACLES dansants.

DEUX SUISSES dansants. DEUX MÉDECINS GROTESQUES. MATASSINS dansants.

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9Î PERSONNAGES.

DEUX AVOCATS chantants. DEUX PROCUREURS dansants. DEUX SERGENTS dansants. TROUPE DE MASQUES.

UNE ÉGYPTIENNE chantante.

UN ÉGYPTIEN chanunt.

UN PANTALON chantant.

CHOEUR DE MASQUES chantants. SAUVAGES dansants. BISCAYENS dansants.

La icéne est à Paris.

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MONSIEUR

DE POURCEAUGNAC.

ACTE PREMIER.

SCÈNE I.

ÉRASTE; UNE MUSICIENNE, DEUX MUSICIENS, CHAKTAHTS) PLUSIEURS AUTRES, totjakt des rasTRUMENTs; TROUPE DE DANSEURS.

ÉRASTE^ aux musiciens et aux danseurs. Suivez les ordres qne je vous ai donnés pour la sérénade. Pour moi, je me retire, et ne veux point paroître ici.

SCÈNE IL

UNE MUSICIENNE; DEUX MUSICIENS, chantants; PLUSIEURS AUTRES, jouant des instruments: TROUPE DE DANSEURS.

(Cette sérénade est composée de chants, d'instruments, et de danses. Les paroles qui s'j chantent ont rapport à la situation ou Êraste se trouve ivec Julie , et expriment les sentiments de deux amants qui sont tra- Tersés dans leur amour par le caprice de leurs parents. )

USE MUSICIESVE.

Répasds , charmante nuit, répands sur tous les jeux De tes pavots la douce violence ,

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9« M. DE POURCEAUGNAC

Et ne laisse yeiller en ces aimables lieux Que les cœurs que l'Amour soumet à sa puiisanoe^ Tes ombres et ton silence, Plus beaux que le plus beau jour, Offrent de doux mom«pts à soupirer d'amour.

PBEMISE MUftlCIEN.

•Que soupirer d'amour Est une douce chose , Quand rien k nos yœux ne s'oppose ! A d'aimables penchants notre cœur nous dispose; Mais on a des tjrans à qui l'on doit le jour. Que soupirer d'amour Est une douce chose , Quand rien à nos yœux ne s'oppose !

SECOND MUSICIES.

Tout ce qu'à nos yœux on oppose Contre tin parfait amour ne gagne jamais rien : Et pour yaincre toute chose Il ne faut que s'aimer bien.

TOUS TBOIS ENSEMBLE.

Aimons-nous donc d'une ardeur étemelle ; Les rigueurs des parents , la contrainte cruelle ^ L'absence ,' les trayaux , la fortune rebelle , Ne font que redoubler une amitié fidèle. Aimons-nous donc d'une ardeur étemelle ; Quand deux cœurs s'aiment bien» Tout le reste n'est rien.

PREMIÈRE ENTRÉE DE BALLET.

( Dansé 'de deux maîtres à danset. )

DEUXIÈME ENTRÉE DE BALLET,

( Danse de deux pages. }

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ACTE I, SCÈNE II. 97

TROISIÈME ENTRÉE DE BALLET.

(Quatre curieax de spectacles » qui ont pris quei*elle pec'dant la danse des deux pages y 4u>Mnt en èe batunt Tépëe à 4a main. )

QUATRIÈME EIïtRÊE DE BALLET.

(Deux Suisses séparent les quatre ôombatUnts, et, après les avoir mis d'accord , dansent àrec eux.)

SCÈNE IIL

JULIE, ÈRA5TÉ, NÉRINE.

iuLifi. Mon Dieul Éraste, gardons d'être surpris, ie tremble qu'on ne nous voie ensemble; et tout seroit perdu, après la défense que Vàn ài'a lâîté.

ERAST^.

Je regardé de tàu^ côtés, et je n'aperçois rieti.

JULIE, àNérine.

Aie aussi fœil au guet, Nériile; et prends bien garde qu'il ne vieàne personne.

NÉRINE, se retirant clans le lond du théàti'e;

Reposez-Vous sUr mbi,' et dîtes hardinient ce que vous avez à Vous dil'e.

ixjî.iEÎ.

Avez-vous imaginé pour notre affaire quelque chose de fevorable? et croyez-vous, Éraste, pouvoir venir à bout de détourner ce fâcheux mariage que mon père s est mis en têtd?

ERASTE.

Au moins y travailtotis-nous forteihent; et déjà nous MoLikRC. 5* ;7

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y8 M. DE POURCEAUGNAC-

avons préparé un bon nombre de batteries poti^ renverser ce dessein ridicule.

• N £ RI N £ 9 accDuvant » Julit»

Par ma foi , voilà votre père*

JULIE.

Ah ! séparons-nous vite.

NÉRÎNE*

Non, non, non, ne bougez; je m^étoîs trompée.

JUtlE.

Mon Dieu! Nérine, que tu es sotte de nous donner de ces frayeurs!

ÉRASTE.

Ouij belle Julie, nous avons à-essé pour cela quantité de machines; et nous ne feignons point de mettre tout en usage, sur la permission que vous m'avez donnée. Ne nous demandez point tous les ressorts que nous ferons jouer, vous en aurez le divertissement; et, comme aux comédies, il est bon de vous laisser le plaisir de la surprise, et de ne vous avertir point de tout ce qu'on vous fera voir : c'est assez de vous dire que nous. avons en main divers stratagèmes tout prêts à produire dans Foccasion, et que l'ingénieuse Nérine et l'adroit Sbrigani entreprennent l'afiaire.

KÉRINÊ»

Assurément. Votre père se moque-t-îl, de vouloir vous auger ' de son avocat de Limoges , nionsieur de Pourcéau-

* Jnger, pour» ckarjgerj embarrasser^

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ACTE îj SCÈNE lIL 99

gnac j qu'il n'a vu de sa vie , et qui vient par le côcké vous enlever j à notre barbe? Fàut-il cjue trois ou quatre mille éôus de plusj sur la parole dé vôtre oncle ^ lui faésent réjeter un amant qui vous agrée? et une personne comme vous est-elîe faite pour un Limôsin? S'il a envie de se ma- rier, que ûe prend-il une Lîmosine, et ne laissé-t-il en repos les chrétieùs? Le seul nom d# monsieur de Pbur- ceaugnac m'a misé dans une col^e efitoyable. J'enrage de monsieui' de PoiirceaugnaCi Quand il n'y àuroit que ce nom-là^ moiisîeur de Pourceaugnac> jy brûlerai mes livres, ou je romprai ce mariage, et vous ne iseréz point madame de Pourceaugnac. Pourceattgnac ! (îela se peut-il souffrir? Non, Pourceaugnac est une cbo^e que je ne sau- rois Supporter; et nous lui jouerons tant de piècei^, nous lui ferons tatit de niches sur niches , que nous renvoierotis à Limoges monsieur de Pôurceaùgnaiî.

ÉRASTE.

Voici notre iubtil Napolitain j qui nbus dira des nou- velles*

Sgèn.è ÎY. jtjlïej éraste, sbrigani, nerinè

SBRIGAKt.

MoN^lÉtJil^ Votre tomme arrivé. Je l'ai Vu à trois lieues dlcï, où a couché le coche; ét^j dans la cuisiné , o^iilest descendu pour déjeuner, je l'ai étudié Utlé bonne grosse demUieure , et je le sais déjà car cœuïi I*our sa figure , je ne veux point vous en parler; vous verrez de quel air la

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100 M» DE POORCEAUGNAC.

nature Fa dessiné ^ et si rajustement qui l'accompagne y répond comme il faut : mais pour son esprit, je vous aver- tis par avance qu'il est des plus épais qui se fassent;^ que nous trouvons en lui une matière fout-à-fait disposée pour ce que nous voulons , et qu'il est homme enfin à donner dans tous les panneaux * qu'on lui présentera.

^ ÉRASTE.

Nous dis-tu vrai?

sbrigànL Oui 5 si je me connois en gens.

NÉRINE.

Madame, voilà un illustre. Votre affaire nepouvoît étr« mise en de meilleures mains, et c'est le héros de notre siècle pour les exploits dont il s'agit ; un homme qui vingt fois en sa vie, pour servir ses amis, a généreusement affronté les galères; qui, au péril de ses bras et de ses épaules, sait mettre noblement à Sn les aventures les plus difficiles , et qui , tel que vous le voyez , est exilé de son pays pour je ne sais combien d'actions honorables qu'il a généreusement entreprises.

SBRIGANI.

Je suis con^ des louanges dont vous m'honorez 5 et jd pourrois vous en donner avec plus de justice sur les mer- veilles de votre vie, et principalement sur la gloire que vous acquiteâr, lorsqu'avec tant d'hoiinêteté votïs pipâtes au jeu, pour douze mille écus, ce jeune seigneur* étranger

' Donner dans les panneaua:^ expression proverbiale tirée de la ohassci On tend des panneaux ou lacets aux lapins , etc»

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ACTE I, SCÈNE IV. loi

que Ton mena^ chez vous; lorsque vous fites galamment ce &UX contrat qui ruina toute une famille ; loi*squ^avec tant de grandeur d'âme vous sûtes nier le dépôt qu'on vous avoit confié, et que si généreusement on vous vit prêter votre témoignage à faire pendre ces deux personnes qui ne Favoient pas mérité.

Ce sont petites bagatelles qui ne valent pas qu'on en parle ; et vos éloges me font rougir.

SBRIGANI.

Je veux bien épargner votre modestie; laissons cela; et , pour commencer notre afikire , allons vite joindre notre provincial, tandis que de votre côté vous nous tiendrez prêts au besoin les autyes acteurs de la comédie.

ÉRASTE.

Au moins j madame, souvenez-vous de votre rôle; et, pour naieux couvrir notre jeu , feignez , comme on vous a dit, d'être la plus contante du monde des résolutions de votre père.

JULIE.

SU ne tient qu'à cela , les choses iront à merveille.

ÉRASTE.

Mais, belle Julie, si toutes nos machines venoient à ne pas réussir?

JULIE.

Je déclarerai à mon père mes véritables sentiments.

ÉRASTE.

El si contre vos sentiments il s'obstinoit i son dessein?

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iQ2^ M, DE pourcï;augp^ac.

Je le menacerois de me jeter dans un cquyeiit,

KKASTE,

Mais si malgré touj cela il voflloif yP^. fo^Cei^ ^ ^ mariage?

JULIE.

Que VQ^lez-vous <jue je vous dise? Ce (jue je veux que vous me disiez \

^UL|E,

Qui.

Çc qu'on dit quand on ^ime bieàiy

JULIE,

Mais quoi?

iRAST^.

Que rien ne pourra vous contraindrp, et que, malgré tous les efforts d W père , vous me promette? d'êtye à qioi,

JU^IE,

Mon Dieu! Érî^çte, contentez^yous de ce que je feis maintenant, et n'allez point tenter sur l'avenir les résolu^ tjons de mon cœu?; n^ fatiguez point n^on devoir pa^- les propositions d'une fâcheuse ei^trémité dont peut-être p'auroDÇ-nous pas besoin; et, sll y faut venir, sQufBrez ^i; mc^ins que fy 3ois entraînée par la suite des choses.

ÉRASTE.

Hé bien!...

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ACTE I, SCÈNE IV. ip3

SBRIGAiri.

Ma foi , voici notre homme ;%ongeoii$ à noii5.

NÉRINB* •

Ab ! comme U est bâti I

^ SCÈNE V, M. DE POURCEAUGNAC, SBRIGANI.

H. DE POURGEAUGlTi.Cp se retournant du côté doù ii est venu , et parlant à des gens qui le suivent.

Hé bien? quoi? qu est-ce? qu'y a-t-il? Au diantre soient la sotte ville et les sottes gens qui y sont! Ne pou- voir faire un pas sans trouver des nigauds qui vous re- gardent et se mettent i rireî Hél messieurs les badauds, faites vos affaires, et laissez passer les personnes sans leur rire au nez. Je me donne au diable , si je ne baille un coup de poing au premier que je verrai rire.

s B R { 6 AK I , parlant ûux nêmeB peivionnes.

Qu'est-ce que c'est, messieurs? que vewl <ttrc cela? A qui en avez-vous? Faut^ii é^ moquer ainsi des honnêtes étrangers qui arrivent ici?

M. DE PdUR6JI4rGNAG.

Voilà un homme raisonnable, celiri-là.

sBri^aA. Quel procédé «st le vôtrci Et «p'avez-^ous à rire ?

M, DE PeURGEAVONAa

Fort bien.

SBRIGÀiri.

Monsieur a-t-5! quelque d|o«e de jrutcttle en a^?

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io4 M. DE POURCEAUGNAC.

M. D£ POURGEAUGITAC.

Oui?.., •

SBEI^Airi.

Est-il autrement que les autres?

M. DE P0URCE4U69AC,

Suis-je tortu ou bossu?

ÇBRIGAITI,

Apprenez à connoître les gens.

M. DE POURCBÂirONACf

Qest bien dit.

SBRIGANI.

Monsieur est d^mie mine à respecter.

il. DE rOURCÇAUGICAC.

Çelfi $st vrai.

SBI^IGANI,

Personne de condition .

M. DE POURGEAUGITAC,

Oui, gentilhomme limosin.

SBRIGAIfl.

Homme d esprit.

M. DE BOTJBÇEAUGNAC,

Qui a étudié en droit.

S^IGANI.

n youi Êdt trop d'honneur de venir dans votre ville.

M. DE POURCEAUGNAC.

Çans doute.

SBRIGANI.

Monsieur n'est point une personne à faire rire.

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ACTE I, SCÈN-E V. io5

M. DE POURCEAtJGNAC,

AssuriSment.

SBRIGAKI.

El quiconque rira dç lui aura afiaim à moi,

M. DE POURCEAUGNAC, à Sbrigani.

Monsieur, je vous suis infiniment obligé.

SBRI6ANI.

Je suis fâché ^ monsieur, de voir recevoir de la sorte une per3onne comme vous, et je vous demande pardon pour la ville.

M. DE P0VRCEAU6ICAC

Je sub votre serviteur.

/■.-..■

8BRI6ANI.

Je yous ai vu ce matin, monsieur, avec le coche, lors- que yous avez déjeuné; et la grâce avec laquelle vous mangiez yotre pain ip'a ^it naître d'abord de Famitié pour vous : et comme je sais que vous n'êtes jamais vepu ein ce pays, et que vous y été? tout neuf, je suis bien aise de vous avoir trouvé pour vous offrir mon service à cçtte ar- rivée, et vous aide^;* à yous çopduire parmi ce peuple , qui n'a pas parfois pour les honnêtes gens toute la considéra- tion qu'il &udroit.

M. DE POURCEAUGNAC.

C^est trop de grâce que vous pie Êtites.

SBRIGANI.

Je vous Fai déjà dit ; du moment que je vous ai vu , je me suis senti pour vous de Tinclination.

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loâ M, DE POURCEAUGNAC

M, DE POU^CEÀVGIV^G^

Je VOUS suis obligé,

BBKlGAVh

Votre phywonomie m'a plu,

M, DE POURCEAVGVA<:,

Ce m'est beaucoup d^honneur.

SBEIGAiri.

J'y ai vu quelcjue chose d'honnête. . ,

M, DE POURCEAVGNAC,

Je suis votre serviteur.

jgBRIGANI, ^

Quelque chose d'aimable. . .

¥. PÇ POURCEAUGIfAC,

Ah! ah!

SBRIGANI,

Degracieuj(.,.

M, P« POURCEAUGNAC.

Ah! ah!

SBRIGANI.

De doux. . ,

M, DE POURCEAUGKAC^

Ah! ah!

SBRIGANI,

De majestueux. . ,

If. DE POURCBAUOÎCAIU

Ah! ah!

6Bmi«Airi. De franc. . .

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ACTP I, SCÈNE V, 107

AhUh! Et4p<3prdial, ^ Abjahî

SBRIOAiri,

Je vous assure que je suis tout 4 YQ^t

M. DB PeVRGEATJGKAqi

Jç YQus aj beaucoup 4'obUgatiQU,

SBRTGAiri.

C'est du fbud du cœur que je parle.

¥t Dp PQUHCE4UGKAG,

Je le crqis,

SBRIOANI,

Si j ayois rhonneurd'étfe copnu devoirs, voua sauriez que je suis un homme tont-&-fait sincère, . ,

M, PB PpIJRÇEAVGI^AÇi

Je n'en doute poînt. E!nnen)i de la fourherie, , ,

M. DE POXJRClEAVGNAq^

J'en mis persuadé,

SBRIGÀiri.

Et c;.uî n'est pas capable de déguiser ses sentiments, Vous regardez mon habit, qui n'est pas fait comme los autres : mais je suis originaire de Naples, à votre service,

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io8 M. DE PODRCEAUGNAC,

cl j'ai voulu conservor un peu la manière de sliabîUer et

la sincérité 4e mon pays.

M. DE POURCEAUGNAC.

Ce^ fort bien fait. Pour moi, j^ai yoi^u me mettre à la mode de la cour pour la campagne.

SBRIGANI.

Ma foi, cela vous va mieux qu'à tous nos courtisans.

M. DE BOURCEAU6NAC.

C'est ce que n^'£^ dit mon tailleur. Lliabit est propre et riche, et il fera du bruit ici.

SBRIGANI.

Sans doute. N'ire;z^vous pas au Louvre?

M. DE POURCEAUGNAC,

n faudra bien aller faire ma cour.

SBRIGANI.

Le roi ser^ ravi de vous voir.

M. DE POURCEAUGNAC.

Je le crois.

SBRIGANI.

Avcz-vous arrêté un loffîs?

b'*

I

M. DE POURCEAUGNAC.

Non^ j'allois en chercher un.

SBRIGANI.

Je serai bien aise d'être avec vous pour cela , et je con- nois tout ce pays-ci.

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ACTE I, SCÈNE VI. 109

SCÈNE VL

ÉRASTE, M. DÉ POtRCEAUÛNAC, S^RIGANL

ÉRASTE.

AhI qu'est-ce cieciîque vois-jé? Quelle heureuse ren- contre! Monsieur de Pourceaugnacl Que je suis ravi de vous voir! Comment ! il semble que Totis ayez peine à me reconneître!

M. DE POURGEAUOKAO.

Monsieur 9 je suis votre serviteur.

ÉRASTE.

Est-il possible que cinq où six atinées in^^nt àté de votre mémoire, et que vous ne reconnoissiez pas le meilleur ami de toute k Ëunille des Pèurceaugiiacs!

H. DE, POURCEAUGNAC.

Pardônnez-moi. ( bas , à Sbrigaj|i. ) Ma foi j je ne sais qui il est4

^RAâTS.

n n'y a pas un Pourceaugnac à Limoges que je ne con- noisse, depuis le plus grand jusqu'au plus petite je ne finé- quentois qu'eux dans le temps que j'y élob, et j'avois l'honneur de vous voir presque tous les jours.

M. DE POURCEAU6NAC4

C est moi qui lai reçu, monsieui^<

ÉRASTE»

Vous tie vous remettez point mon visage?

M. DE POURGEAUONAC.

Si fait, (à ^rigani.) Je ne le connoiâ point.

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no M. DE POUÏlCBAUGNAa

Vous tie vous ressouvenez paâ que j'ai eu le bonheur (ie boire avec vous je ne sais combien de fois?

il. U£ POUHCEAUGNAG.

Ë»msât^môié (à Sbrigam.) Je Be sais ce (px^ cWsft*:

éltASTE.

Coiutnént a]pjpeioz*yôuS ce toîteUr â» LimDg^fr ijui lait si bonne chère?

04 BB f dtJRCBÀVdlfiLCi

Petit4ean?

litJLBTBi

Le imii. Neilâ âllidos le pkis èenùfem &AÈéiaùAe chez lut soUs réjouin Commdul est-ce ^e rots nommei à Limdge» ce Iktt ùk Ton se pr<>inène ?

Ui DE POUECB'AU.éKAfii

L« Cimetière deâ arabes?.

ÉRASiB.

«Justement. C'est où- je. passbis de A doUces beUrés â jouL^ de vdtre agréable cbnvenatiom Vous ne tous re- mettez pas tbut cela?

JH. DB t»0XJR<3£AUaNA0«

Ëicusez-moi, je ine lé mmefts (k Sb^ni.) Diable effl^ porte si je m'en souyienst

SBRlGANIy bas, 2i Bf. de Pcittrdea4ignâ<}. Il y a cent choses comUie cela qui passent de la téte^

ÉRASTBi

Embraiteèz*ffldi donCj je' vous priej et resserrons les nœuds de nùtr^ ancienne amitiéi

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4lCTB I, SCÈNE VI. III

Sfi&IGANIj àfif« de Poareeai^aCk Voilà un homme qtii vous aime fcHrt»

iRASTEk

Ûiteâ-mot un peu des nouyelles cb tottte la parente. Comment se porte monsieur yotrci ^. IL *« ^i ^ si hon- nête homme?

M. DÉ POTJAeitAU(ïKAG^

Mon frère le consul?.

iRASTlt*

Ouï»

iL Dit PdVACBAlFIȣfA<}.

11 se porte le mieux du monde.

ÉltASTfc.

Certes j fen suis ravi. Et celui qui èâl de Si bonne hu»- meur ? là». « . moûsieilr votre* * •

M» DÉ POURGSAUdNACSk

Mon cousin FasiSeSseiff?

liRASTlE.

Justement»

M» DE PÔURCfiAUGlTAt.

Toujours gai et gaillard»

ÉRAStÊ. Ma foi) j'eiji ai beaucoup de joié^ Et mônsiettr Votid oncle j le**.?

M. D£ POlTRdËAU&KAG.

Je n^ai point dWde.

Vous ayiez pourtant en ce temps-là. • «

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112 M. DE POORCEAUGNAC.

M. DE fOURCEAUaKAC.

Non y rien qu'une tante.

ÉaASTl^.

C'est ce que je Toulois dire ; madame rotre tante ^ com<* ment se porte-t-elle?

M. DE POURCEAÙGIfACi

Elle est morte depub six mois;

ÉRASTE.

Hélâs! la pauvre fenmiel Elle étoit si bontie personne!

M. DE POURCEAVGNAC.

Nbiîs avons aussi mon neveu le chanoine^ qui a pensé mourir de la petite vérole.

ERASTE.

Quel dommage c auroit été !

M. DE POURGEAUGN'AGi

Lé connoissez-vous aussi?

ÉRASTB.

Vraîiment si je le connoisl Un grand garçon bien fait.

M. DE POURGEAUGNAC.

Pa^ des plus grands^

^RASTEi

Non, mais de taille bien prise.

H. DE POURCEAVGNAC^

Hél oui.

'ÉRASTEi

Qui est votre neveu. . .

M. DE POTJRCBAUGNAC.

Oui.

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ACTE I, SCÈNE VI. ii3

ÉRASTE.

Fils de votre frère ou de votre sœur. . .

M. DB POtRCEAUGNAC.

Justement.

ÉRASTE.

Chanoine de Téglise de. . . Comment Tappelez-vous?

M. DE POURCEAUGNAC.

De Saint-Etienne.

iRASTE.

Le voilà -, je ne connois autre.

M. DE POURCEAVGNAC) à Sbrigani.

Il dit toute la parenté,

SBRIGANI.

n vous connoît plus que vous ne croyez.

M. DE POURCEAUGNAC.

A ce que je vois, vous avez demeuré long-temps dans notre ville?

ERASTE.

Deux ans entiers.

M. DE POURCEAUGNAC.

Vous étiez donc là quand mon cousin Télu fit tenir son enfant à monsieur notre gouverneur?

ÉRASTE.

Vraiment oui , j'y fus convié des premiers.

M. DE POURCBAUGICAC.

Cela fut galant.

ÉRASTE.

Très-galant. MoLikEX. $•

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ii4 M. DE POURCEAUGNAC.

M. DE POUKr.EAUGVAC.

C'étoit un repas bien troussé.

ÉRASTE.

Sans doute.

M. DE POURCEAUGNAC.

Vous Vîtes donc aussi la querelle que feus avec ce gen- tilhomme périgordin?

ÉRASTE.

Oui.

M. DE POURCEAUGNAC.

Parbleu! il trouva à qui parler.

iRASTE.

Ahlah!

M. DE POURCEAUGNAC.

Il me donna un soufflet ; mais je lui dis bien son fait.

ÉRASTE.

Assurément. Au reste, je ne prétends pas que vous preniez d^autre logis que le mien.

M. DE POURCEAUGNAC.

Je n'ai garde de. . .

ERASTE.

Vous moquez-vous? Je ne soul&irai point du tout quf mon meilleur aôû soit autre part que dans ma maison.

M. DE POURCEAUGNAC.

Ce seroit vous. . .

ERASTE.

Non; le diable m'emporte ! vous logerez chsz moi. '

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ACTE I, SCENE VI. nô

SBAf GANI , à M. de Ponroeaugnac.

Puisqu'il le yeut obstinément , je vous conseille d'ac- cepter Tolfre.

ÉRASTE.

Oh sont vos bardes?

H* DB POURCEAUGNAC.

Je les ai laissées arec mon valet où je suis descendu.

ÏRASTE.

Envoyons-les quérir par quelqu'un.

M. DE POURCEAUGNAC.

Non, je lui ai défendu de bouger, à moins que fy fiissc moi-même , de peur de quelque fourberie.

SBRIGANI.

C'est prudemment avisé,

M. DE POURGEAUGNAC.

Ce pays-ci est un peu sujet à caution.

^RASTE.

On voit les gens d'esprit en tout.

SBRIGANI.

Je vais accompagner monsietir, et le ramènerai où vous voudrez,

BRASTE.

Oui. Je serai bien aise de donner quelques ordres, et vous n'avez qu à re^'enir à cette maison-U.

SBRIGANI.

Nous sommes â vous tout à l'heure.

ÉRASTE, àM. dePomceftuÇBae, . Je VOUS attends avec impatience.

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ii6 M. DE POURCEAUGNAC

H. DB POURCEAUGNAC, à Sbrigani.

Voilà une coDnoissance oh je ne m'attendois point.

SBRIGANI.

Il a la mine d*étre honnête homme.

ÉRASTE, seul.

Ma foi, monsienr de Pourceaugnac, nous vous en don- nerons de toutes les façons : les choses sont préparées, et je n'ai qu'à frapper. Holà!

SCÈNE VIL

UN APOTHICAIRE, ÉRASTE.

ÉRASTE.

Je crois , monsieur, que vous êtes le médecin à qui Ton est venu parler de ma part?

l'apothicaire.

Non , monsieur, ce n'est pas moi qui suis le médecin ; à moi n'appartient pas cet honneur; et je ne suis qu^apothi- caire, apothicaire indigne, pour vous servir.

ÉRASTE.

Et monsieur le médecin est-il à la maison?

l'apothicaire. Oui. U est là embarrassé à expédier quelques malades, et je vais lui dire que vous êtes ici.

ÉRASTE.

Non , ne bougez ; j attendrai qu'il ait fait. C'est pour lui mettre entre les mains certain parent que nous avons ^ dont on lui a parlé, et qui se trouve attaqué de quelque

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ACTE I, SCÈNE VIL 117

folie que nous serions bien aises quli pût guérir ayant que de le marier.

L^APOTHIGAIRE.

Je sab ce que c'est , je sais ce que c est, et j'étois ayec lui quand on lui a parlé de cette affaire. Ma foi, ma foi, TOUS ne pouviez pas vous adresser S uu médecin plus ha- bile; c^est un homme qui sait la médecine à fond, comme je sais ma croix de par Dieu, et qui, quand on devroit creyer , ne démordroit pas d'un iota des règles des anciens. Oui , il suit toujours le grand chemin , le grand chemin , et ne va pas chercher midi à quatorze heures; et, pour tout lor du monde, il ne voudroit pas avoir guéri une personne avec d'autres remèdes que ceux que la faculté permet.

ERASTE.

Il fait fort bien. Un malade ne doit point vouloir gué- rir , que la ÊLCulté n'y consente.

l'apothicaire.

Ce n est pas parce que nous sommes grands amis que j'en parle ; mais il y a plaisir d'être son malade : et j aime- rois mieux mourir de ses remèdes que de guérir de ceux d'un autre; car, quoi qu'il puisse arriver, on est assuré que les choses sont toujours dans l'ordre; et quand on meurt sous sa conduite , vos héritiers n'ont rien à vous re* procher.

iRASTE.

C est une grande consolation pour un défunt.

l'apothicaire. Assurément On est bien aise au moins d'être mort mé-

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ci3 M. DE PODRCEAUGNAC.

thodiquement. Au reste, il n'est pas de ces médecins qui marchandent les maladies : c'est un homme expéditif , ex- pédîtif, gui aime à dépêcher ses malades; et quand on a à mourir, cela se fait avec lui le plus vite du monde.

En eâèt, il n*est ifen tel que de sortir promptement daffaire.

l'apothicaire.

Cela est vrai. A quoi bon tant barguigner , ' et tant tourner autour du pot ? Il feut savoir vitement le court ou le long d'unie maladie.

^RASTE.

Vous avez raison.

l'apothicaire.

Voilà déjà trois de mes enfants dont il ma fait Thon- neur de conduire la maladie, qui sont morts en moins de quatre jours, et qui, entre les mains d'un autre, auroient langui plus de trois mois.

ÉRASTE.

Il est bon d'avoir des amis comme cela, l'apothicaire.

Sans doute. Il ne me reste plus que deux enfants dont il prend soin comme des siens; il les traite et gouverne à sa fantaisie, sans que je me môle de rien; et le plus sou-

' Barguigner vient de bàrcanîare, qu'on trouve dans les cap- tulaires de Charles-le-Chauve. On en a fait bargagner, puis bar- guigner. Ce mot, <}ui ne s'emploie plus, signifioit marchander; au figuré , késUer,

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ACTE I, SCÈNE Vil. ,19

vent, quand je reviens de la ville, je suis tout étonné que }c les troave saignés ou purgés par son ordre.

ÉRASTS.

Voilà des soins fort obligeants. «

l'apothicaire. Le voici , le voici , le voici qui vient»

SCÈNE VIIL

ÉRASTE, PREMIER MÉDECIN, L'APOTfflCAlRE, UN PAYSAN, UNE PAYSANNE.

LE PAYSAN, au médecin.

Monsieur, il n'en peut plus; et il dit qu'U sent daii5 la tête les plus grandes douleurs du monde.

premier J*IÉD£CIN.

Le malade est un sot; d autant plus que, dans la ma- ladie dont il est attaqué, ce n'est pas la tête , selon Galien, mais la rate, qui lui doit faire maL le paysan.

Quoi que c'en soit, monsieur, il a toujours avec cela son cours de ventre depuis six mois.

PREMIER MÉBECIN.

Bon , c est signe que le dedans se dégage. Je Tirai visiter dans deux ou trois jours : mais s'il mouroit avant ce temp- le, ne manquez pas de m en donner avis, car il n'est pas ie la civilité qu'un médecin visite un mort.

LA PAYSANNE, au médecin.

Mon pire, monsieur, est toujours malade de plus en plus.

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lao M. DE ^OURCEAUGNAC.

PREMIER MÉDECIN.

Ce n^est pas ma faule. Je lui donne des remèdes, que ne guérit-il? Combien a-^-il été saigné de fois ?

LA PAYSANNE.

Quinze, monsieur, depuis vingt jours.

PREMIER MEDECIN.

Quinze fois saigné?

LA PAYSANNE.

Oui.

PREMIER MÉDECIN.

Et il ne guérit point?

tA PAYSANNE.

Non ^monsieur.

PREMIER MÉDECIN.

C'est signe <p.e la maladie n'est pas dans le sang. Nous le ferons purger -autant de fois, pour voir si elle n'est pas dans les humeurs; et, si rien ne nous réussit, nous l'en- voierons ans bains»

l'apothicaire.

Voilà lef fin cela , voilà le fin de la médecine.

SCÈNE IX. ÉRASTE^ PREMIER MÉDECIN, L'APOTfflCAlRE.

É-R A STE) Au médecin.

C'est moi^ monsieur, qui vous ai envoyé parler ces jours passés pour un parent un peu troublé d esprit que je veux vous donner chez vous, afin de le guérir avec plus de commodité, et qu^il soit vu de moius de monde.

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ACTE I, SCÈNE IX, lai

PREMIER MEDECIir.

Oui, monsieur; j'ai déjà disposé tout, et promets d'en avoir tous les soins imaginables.

ERASTE.

Le voici.

PREMIER MÉDECIN.

La conjoncture est tout-à-fait heureuse, et j^ai ici un anciea de mes amis avec le({uel je serai bien aise de con- sulter sa maladie.

SCÈNE X.

M, DE PODRCEAUGNAC, ÉRASTE, PREMIER MÉDECIN, L'APOTHICAIRE.

ÉRASTE, à M. de Pourceaugnae. Une petite affaire m^est survenue , qui m'oblige à vous quitter; (montrant le médecin) mais voilà uue personne entre les mains dé qui je vous laisse, qui aura soin pour moi de vous traiter du mieux qu'il lui sera possible.

PREMIER MÉDECIN.

Le devoir de ma profession m'y oblige, et c'est assez que vous me chargiez de ce soin.

M. DE POURCEAUGNÀC,kpaTt.

C'est son maitre-dliôtel, sans doute; et il &ut que ce soit un homnie de qualité.

PREMIER MÉDECIN, à Éraste.

Oui , je vous assure que je traiterai monsieur méthodi- quement^ et dans toutes les régularités de notre art

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laa M. DE PO L RCEAtTGNA C.

M. DE POURCEAUGICAG.

Mon Dieu ! il ne &ut point tant de cérémonies ; et je ne viens pas ici pour incommoder*

PREMIER MEDECIN.

Un tel emploi ne me donne que de la joie. ERASTE^au médecin.

Voilà toujours dix pîstoles d'avance, en attendant ce que j'ai promis.

M. DE POURCEAUGKAC.

Non, s'il vous plaît, je n'entends pas que vous fassiez de dépnse, et que tou5 envoyiez rien acheter pour moi.

ÉRASTE.*

Mon Dieu! laissez fairç^ ce n'est pas pour ce que vous pensez.

M. Dï POURCEAUGNAC.

Je vous demande de ne me traiter qu'en ami.

ÉRASTE.

C'est ce qoe je veux faire. ( bas , au médecin. ) Je vous re- commande surtout de ne le point laisser sortir de vos mains; car parfois il veut s'échapper.

PREMIER MEDECIN.

Ne vous mettez pas eiLpeine.

ÉRASTE, à M. de Pourceaugnac.

Je VOUS prie de m'^jxcuser de Fincivilité que je com- mets.

M, DB POURCEAUGNAC.

Vous VOUS moquez 9 et c'est trop de grâce que vous me

faites.

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ACTE I, SCÈNE Xi ja3

SCÈNE XL

M. DE POURCEADGNAC, PREMIER MÉDECIN, SECOND MÉDECIN, L'APOTfflCAIRE.

PREMIER MÉDECIN.

Ce m'est beaucoup dliODneur , monsieur, d*étre choisi pour vous rendre service.

M. DE POTJRCEAUGNAC.

Je suis votre serviteur.

PREMIER MÉDECIIf.

Voici un habile homme, mon confrère, avec lequel je vais consulter la manière dont nous vous traiterons.

M. DE POURCEAUONAC.

Il ne feut point tant de façons, vous dis- je; je suis homme à me contenter de l'ordinaire.

PREMIER MJ^D^CIN.

Allons, des sièges.

( Des laquais entrent et donnent des sièges. ) M. DE P0URCEAUGI7AC, àpart.

Voilà, pour un jeune homme, des domestiques bien lugubres.

PREMIER MÉDECIN.

AUons, monsieur; prenez votre place, monsieur. ( Les deux médecins font asseoir M. de Pouicca;îgnac entre eax denx. '^

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if4 M, DE POURCEAUGNAC

M. DE POURCEAUGNAC, fl'asieyaat.

Votre très-humble valet. ( Les deux médecins lui prenant chacun une main pour lui tâter le pouls.)

Que veut dire cela?

PREMIER MEDECIN.

Mangez-vous bien , monsieur?

M. DE POURCEAUGNAC.

Oui 9 et bois encore mieux.

PREMIER MÉDECIN,

Tant pis. Cette grande appétition du froid et de Thu- mide est une indication de la chaleur et sécheresse qui est au-dedans. Dormez-vous fort?

M. DE POURCEAUGNAC.

Oui, quand j^ai bien soupe.

PREMIER MÉDECIN.-

Faites-vous des songes?

M. PE POURCEAUGNAC

Quelquefois.

PREMIER MÉDECIN.

De quelle nature sont-ils?

M. DE POURCEAUGNAC.

De la nature des songes. Quelle diable de conversation est-ce là?

PREMIER MEDECIN.

Vos déjections ; comment sont-elles?

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ACTE I, SCÈNE XL t%S

M. DE P0URCEAU6NAC.

Ma foi, je ne comprends rien à toutes ces questions : et je yeux plutôt boire un coup.

PREMIER MÉDECIN.

Un peu de patience : nous allons raisonner sur votio affaire devant vous ; et nous le ferons en françois pour être [dus intelligibles.

M. DE P0URCEAU6NAC.

Quel grand raisonnement &ut-il pour manger un mor- ceau?.

PREMIER MÉDECIir.

Comme ainsi soit qu on ne puisse guérir une maladie quon ne la çonnoisse parfaiteinent, et qu'on ne la puisse parÊiitement counoître sans en bien établir l'idée particu- lière et la véritable espèce par ses signes diagnostiques et progiiostiqifes,vous me permettrez , monsieur notre an- cien , d^'entrer en considération de la maladie dont il s agit, avant que de toucher à la thérapeutique, et aux remèdes qu'il nous conviendra faire pour la parfaite cura- tion dlcelle. Je dis donc, monsieur, avec votre permis- sion, que notre malade ici présent est malheureusement attaqué, affecté, possédé, travaillé de cette sorte de folie que nous nommons fort bien mélancolie hypocondriaque ; espèce de folie très-fâcheuse, et qui ne demande pas moins quW Esculape comme vous, consommé dans notre art; vous^dis-je, qui avez blanchi, comme on dit, sous le har- noîs, et auquel il en a tant passé par les mains de toutes 1a5 £iço]is.~Je rappelle mélancolie hypocondriaque, pour

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laS M. DE POURCEAUGNAC.

la distinguer des deax autres ; car le célèbre Galien établit doctement, à son ordinaire, trois espèces de cette maladie que nous nommons mélancolie, ainsi appelée non-seule- ment par les Latins, mais encore par les Grecs; ce qui est bien à remarquer pour notre chaire : la première, qui Tient du propre vice du cerveau; la seconde , qui vient de tout le sang fait et rendu atrabilaire ; la troisième , appelée hypocondriaque, qui est la nôtre, laquelle procède du vice de quelque jftirtie du bas-ventre, et de !a région in- férieure , mais particulièrement de la rate , dont la cbaleuf et l'inflammation portent au cerveau de notre malade beaucoup de fuligines épaisses et crasses, dont la vapeur noire et maligne cause dépravation aux fonctions de la faculté princesse, et fait la maladie dont, par notre rai- sonnement, il est manifestement atteint et convaincu. Qu'ainsi ne soit : pour diagnostique incontestable de ce que je dis, vous n'avez qu'à considérer ce grand sérieux que vous voyez , cette tristesse accompagnée de crainte et de défiance , signes pathognomonîques et individuels de cette maladie, si bien marqués chez le divin vieillard Ètippocrate; cette physionomie , ces yeux rouges et ha- gards, cette grande barbe, cette habitude du corps menue, grêle, noite, et velue; lesquels' signes le dénotent très-af- fecté de cette maladie , procédante du vice des hypocondres ; laquelle maladie , par laps de temps naturalisée , ehvîeillie , habituée , et ayant pris droit de bourgeoisie chez lui, pour- loit bien dégénérer .ou en manie, ou en phthisîe , ou en apople3[:ie , ou même en fine plirénésie et fureur. Tcmt ceci

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ACTE I, SCÈNE XL raj

soj^posé^ {mkc(u'tine maladie bien connue est à demi guérie, car ignoti nidla est curatio morbî, il ne vous sera pas difficile de convenir des remèdes que nous devons âdre à monsieur. Premièrement , pour remédier à cette pléthore obturante, et à cette cacocbymie luxuriante par tout le corps, je suis d'avis qu'il soit phlëbotomisé Jiibéra- lemcnt, c'est-à-dire que les saignées soient j&équentes et plantureuses, en premier lieu de la basilique, puis de la céphalique , et même , si le mal ^est opiniâtre , d^ hii ouvrir la veine du front, et que l'puvertiu'e soit large, afin que le gros sang puisse sortir, et en même temps de le purger , désopiler, et évacuer par purgatife propres et convenables, c'est-à-dire par cholagogues, mélanagogues, ef cmtera : et comme la véritable source de tout le mal est , ou une humeur crasse et féculente, ou une vapeur noire et gros- sière qui obscurcit, infecte et salit les esprits animaux, il est à propos ensuite qu'il prenne un bain d'eau pure et nette, avec force ptit-Iait clair, pour purifier par Feau la féculence de rhumeur crasse, et éciaircir par le lai^ clair la noirceur de cett(3 vapeur : mais, avant toute chose, je trouve qu'il est bon de le réjouir par agréables conversa- tions^ chants et instruments de musique; à quoi il n'y a pas d^inconvénient de joindre des danseurs , afin que leurs mouvements , disposition et agilité , puissent exciter et ré* veiller la paresse de ses esprits engourdis, qui occasione répaîsseur de son^ng, d'où procède la maladie. Voilà les :emèdes que j'imagine , auxquels pourront être ajoutés beaiicoap d'auti^s meilleui^ par monsieur notre mattre et

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laS M. DE PODRCEAUGNAC.

aucien, suivant lexpërience, jugement, lumière et sufii*

sance qu'il s^est acquis dans notre art DixL

SECOND UéDECIlf.

A Dieu ne plaise, monsieur, quil me tombe en pensée d'ajouter rien à ce que vous venez de dire! Vous avez si bien discouru sur tous les signes, les symptômes et les causes de la maladie de monsieur; le raisonnement que vous en avez fait est si docte et si beau, qull est impos* sible qu'il ne soil pas fou et mélancolique Hypocondriaque ; et ^ quand il ne le seroit pas , il faudroit qu il le devint pour la beauté des choses que vous avez dites, et la justesse du raisonnement que vous avez fait. Oui, monsieur, vous avez dépeint fort graphiquement , graphicè depinxisti, tout ce qui appartient à cette maladie : il ne se peut rien de plus doctement, sagement, ingénieusement conçu, pensé, imaginé, que ce que vous avez prononcé au sujet de ce mal , soit pour la diagnose ^ ou la prognose ,, ou la thérapie; et il ne me reste rien ici que de féliciter mon- sieur d'être tombé entre vos mains, et de lui dire qull est trop heureux d'être fou, pour éprouver Tefficace et la douceur des remèdes que vous avez si judicieusement proposés. Je les approuve tous, manibus et pedibus des- cendo in tuam sententiam. Tout ce que j'y voudrois, c'est do faire les saignées et les pulsations en nombre impair, numéro deus impare gaudet, de prendre le lait clair avant le bain ; de lui composer un fronteàu où il entre du sel, le sel est synibole de la sagesse ; de faire blanchir les mu- raïUes de sa chambre , pour dissiper les ténèbres de ses

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ACTE I, SCÈNE XL lag

«sprits, album est disgregativum visus; et de lui donner tout à rheure un petit lavement, pour servir de prélude et d'introduction à ces judicieux remèdes , dont , s'il a à guérir, il doit recevoir du soulagement. Fasse le ciel que ces remèdes, monsieur, qui sont les vôtres, réussissent ao malade selon notre intention!

M. DE POURCEAUGNAC.

Messieurs, il y a une heure que je vous écoute. Est-ce jue nous jouons ici une comédie?

PBEMIER MEDECIN.

Non, monsieur, nous ne jouons point.

M. DE POURCEAUGNAC.

Qu'est-ce que tout ceci? et que voulez-vous dire avec votre galimatias et vos sottises?

PREMIER MÉDECIN.

Bon. Dire des injures, voilà un diagnostique qui nous manquoit pour la confirmation de son mal j et ceci pour- roit bien tourner en manie.

M. DE POURCEAUGNACj^à part. Avec qui m'a-^-on mis ici? ( Il crache deux ou troîs fois. ) PREMIER MÉDECIN.

Autre diagnostique , la Siputation fréquente.

M. DE POURCEAUGNAC.

Laisson3 cela, et sortons d'ici.

PREMIER MÉDECIN.

Autre encore , l'inquiétude de changer de place. MoLtkRE. 5. 9

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f3o M. DE POURCEAUGNAC.

M. DE POURCEAUGICAC.

Qu est-ce donc que toute cette affaire? et que me vou- lez-vous?

PREMIER MÉDECIN.

Vous guérir selon Tordre qui nous a été donné.

M. DE POURCEAUGNAC.

Me guérir]

PREMIER wéDECIN.

Oui.

M. DE POURCEAUGNAC.

Parbleu ! je ne suis pas malade.

PREMIER MEDECIN.

Mauvais signe, lorsqu'un malade ne sent pas son mal.

M. DE POURCEAUGNAC.

Je vous dis que jç me porte bien.

PREMIER MÉDECIN.

Nous savons mieux que. vous comment vous vous portez 5 et nous sommes médecins qui voyons clair dans votre constitution.

M. DE POURCEAUGNAC

Si vous êtes médecins , je n'ai que faire de vous, et je me moque de la médecine.

PREMIER MÉDECIN.

HonJ bon! voici un bomme plus fou que nous ne pensons.

M. DE POURCEAUGNAC.

Mon père et ma mère n ont jamais voulu de remèdes; et ils sont morts tous deux sans lassistance des médecins!

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ACTE I, SCÈNE XL i3i

PREMIER MÉDECIN.

Je ne m'étonne pas s il|s ont engendré un fik qui est in- sensé ( au second médecin. ) Allons, procédons à lâ curation ; et, par la douceur exhilarante de rbarmonie, adoucissons, lénifions, et accoisons l'aigreur de ses esprits, q[ue je vois prêts k s^enflammer.

SCÈNE XII.

M. DE POURCEAUGNAC.

Que diable est-ce là? Les gens de ce pays- ci sont-ils insensés? je n ai jamais rien vu de tel , et je n'y comprends rien du tout.

SCÈNE XIII.

M. DE POURCEAUGNAC, DEUX MÉDECINS r GROTESQUES.

(Us s*asseyent cl*abord tous trois; les médeckis se lèvent à différentes reprises pour saluer M. de Ponrceaugnac , qui se lève autant de fois pour les saluer. )

LES DEUX MÉnEClHS.

BnoR di, buon di, buon di. Non yi lasciate uccidere Dal dolor malinconico : Noi vi faremo ridera Col nostro canto armonico ; Sol' per guarirvi Siamo yenuti qui. Buon di , buon di , buon di.

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i32 M. DE PODRTCEAUGNAC.

PREMIER HlËDECIir.

Altro non é la pazzia €he malinconia.

llmalato Non « disperato , Se yol pigliar un poco d'allegria^ Altro non é la pazzia Che malinconia.

8ECOHD MéDECIU.

Su f cantate , ballate » ridete ; E , se far meglio voleté, Quando sentite il delirio vicino,

Pigliate del yino , ■£ qualche volta un poco di tabac, Ayegramente , monsu Pourceaugnac.

SCÈNE XIV.

M. DE POURCEAUGNAC, DEUX MÉDECINS GROTESQUES, MATASSINS.

ENTRIËE DE BALLET. (Danse dn niMassins aatonr de M. de Pourceauginac. )

SCÈNE XV.

M. DE POURCEAUGNAC, UN APOTHICAIRE tenant une seringue.

l'apothicaire. Monsieur, voici un petit remède, un petit remède qu'il vous faut prendre, s il vous plaît, s'il vous plaît.

M. DE POURCEAUGNAC.

Comment! je n'ai que feiire de cela.

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ACTE I^ SCÈNE XV. i33

l'apothicaire. Ua été ordonné, monsieur, il a été ordonné.

M. DE POURCEAUGNAC.

Âhl<]ue de bruit!

l'apothicaire. Prenez-le, monsieur, prenez-le; il ne vous fera point de mal, il ne vous fera point de mal.

M. de POURCEAUGNAC.

Ahî

l'apothicaire.

C'est un petit clystère , un petit efystère , bénin, bénin ; il est bénin, bénin; là, prenez, prenez, monsieur; c'est pour déterger, pour déterger, deterger.

SCÈNE xvr.

M. DE POURCEAUGNAC,. UAPOTHICAIRE, LES DEUX MÉDECINS GROTESQUES, et

LES MATASSINS. AVEC DES SERINGUES.

I»ES DEUX MiDECIBS. ' PlGLZALO SU,

Signor monsu ; Pîglialo , piglialo , piglialo ,6Ù

Che non ti farà maie. Piglialo su questo seryiziale ;

Piglialo su,

Signoc monsu ; Pîglialo, piglialo, piglialo su.

M. DE POURCEAUGNAC.

Allez-vous-en au diable.

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i34 M. DE POURCEAUGNAC.

( M. de Pourceaugnac, mettant son chapeau ponr se garantir des seringues, est suivi par les deux mëdecins et par les matassins; il passe par der- rière le théâtre, et revient se mettre sur sa chaise, auprès de laquelle il trouve l'apothicaire qui l'attendoit; les deux médecin» et les matassins rentrent aussi }

LES DEUX MiDEClSS.

Piglialo su,

Signer monsu : Piglialo , piglialo , piglialo su ,

Ghe non ti farà maie. Piglialo su questo seryiziale ;

Piglialo su,

Signor monsu ; Piglialo , piglialo , piglialo su.

(M. de Pourceaugnac s'enfuit avec la chaise, l'apothicaire appuie sa se- ringue contre, et les médecins et les nc^tassins le suivent. }

Fil» pu PREMIER ACTE.

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M. DE POURCEAUGNAC. i35

r'.*x%»»<»-«^.^sr-*^^^««»'-^«*>o -

ACTE SECOND.

SCÈNE-I. PREMIER MÉDECIN, SBRIGANI;

s PREMIER MÉDECIN.

Il a forcé tous leSypbstacles que j'avois mis , et s'est dérobé aux remèdes que je commençoîs de lui faire.

SBRIGANI.

C'est être bien ennemi de soi-même que de fiiir des re- mèdes aussi salutaires que les vôtres.

PREMIER MÉDECIN.

Marque d'un cerveau démonté et d'une raison dépravée , que de ne vouloir pas guérir.

SBRIGANI.

Vou5 Fauriez guéri haut la main.

PREMIER MÉDECIN.

Sans doute,quand il y auroit eu complication de douze maladies.

SBRIGANI.

Cependant voilà cinquante pistoles bien acquises qu'il vous fait perdre.

PREMIER MÉDECIN.

Moi, je n'entends point les perdre, et je prétends le

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i36 M. DE POURCEAUGNAC.

guérir en dépit qu'il en ait. Il est lié et engagé à mes rer mèdes; et je yeux le faire saisir où je le trouverai , comme déserteur de la médecine, et infracteur de mes ordon- nances.

SBRIGANI.

Vous ayez raison. Vos remèdes étpient un coup sûr, et c*est de l'argent qu'il yous yole.

PREMIER MÉDECIN.

Où puis-je en ayoir des nouvelles?

SBRI6ANI.

Chez le bon homme Oronte , assurément , dont il yient épouser la fille, et qui, ne sachant rien de l'infirmité de son gendre futur, youdra peut-être se hâter de conclure le mariage.

PREMIER MÉDECIN.

Je yais lui parler tout à l'heure.

SBRIGANI.

Vous ne ferez point maL

PREMIER MÉDECIN.

Il est hypothéqué à mes consultations; et un malade ne se moquera pas d'un médecin.

SBRIGANI.

C'est fort bien dit à yous; et, si yous m en croyez, yous ne souflfrirez point qu'il se marie que yous ne layez pnsé tout yotre soûl.

PREMIER MÉDECIN.

Laissez-moi faire.

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ACTE II, SCÈNE L iSj

SBRI6ANÏ, à part, en s*en allant.

Je vais, de mon côté, dresser une autre batterie; et le beau-père est aussi dupe que le gendre.

SCÈNE IL ORONTE, PREMIER MÉDECIN.

PREMIER M^nEGIN.

Vous avez, monsieur, un certain monsieur de Pour- ceaugnac qui doit épouser votre fille.

ORONTE.

Oui; je l'attends de Limoges, et il devroit être arrivé.

PREMIER MEDECIN.

Aussi i'est-il, et il s'est enfui de chez moi après y avoir été mis : mais je vous défends, de la part de la médecine, de procéder au mariage que vous avez conclu, que je ne Taie dûment préparé pour cela , et mis en état de procréer des enfants bien conditionnés et de corps et d'esprit.

ORONTE.

Comment donc?

PREMIER MÉDECIN.

Votre prétendu gendre a été constitué mon malade : sa maladie, qu'on m'a donnée à guérir, est un meuble qui «l'appartient , et que je compte entre mes effets ; et je vous déclare que je ne prétends point qu'il se marie, qu'au préa- lable il n'ait satisÊdt à la médecine, et subi les remèdes que je lui ai ordonnés.

ORONTE.

II a quelque mal?

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i3a M. DE POURCEAUGNAa

PREMIER MEDBGIir.

Oui.

ORONTE.

Et (juel mal, s il vous platt?

PREMIER MEDECIN.

Ne vous en mettez pas en peine.

ORONTE.

Est-ce quelque mal. . . ?

PREMIER MÉDECIN.

Les médecins sont obligés au secret. Il suffit que je VOUS ordonne , à vous et à votre fille , de ne point céléhrer sans mon consentement vos noces avec lui, sur peine d'encourir la disgrâce de la faculté, et d'être accablés de toutes les maladies qu il nous plaira.

ORONTE.

Je n'ai garde, si cela est, de faire le mariage^

PREMIER MEDECIN.

On me la mis entre les mains, et il est obligé d'être mon malade.

ORONTE.

A la bonne heure.

PREMIER MEDECIN.

Il a beau fîiir, je le fa:ai condamner par arrêt à se Êiire guérir par moi.

ORONTE.

J'y consens.

PREMIER MÉDECIN.

Ouï, il faut qu'il crève , ou que je le guérisse.

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ACTE II, SCÈNE II. iSg

ORONTE.

Je le yeux bien.

PREMIER MEDECIN.

Et si je ne le trouve, je m'en prendrai à vous; et je vous guérirai au lieu de lui.

ORONTE.

Je me porte bien.

PREMIER MÉDECÏIC.

II n'importe; il me faut un malade, et je prendrai qui je pourrai.

ORONTE.

Prenez <jui vous voudrez; mais ce ne sera pas moi. ( seul. ) Voyez un peu la belle raison !

SCÈNE III. ORONTE; SBRIGANI, en marchand flamand.

SBRIGANI.

MoNTSiR, avec le fostre permission, je suis un tran- cher marchend flamane qui foudroit bienne fous deman- dair un petit nouvel.

ORONTE.

Quoi, monsieur?

SBRIGANI.

Mettez le fostre chapeau sur le tête, montslr, si ve plaît.

ORONTE.

Dites-moi, monsieur, ce que vous voulez.

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i4o M. DE POURCEADGNAC.

SBRIGANI.

Moi le dire rien , montsir ^ si fous le mettre pas le cha- peau sur le tête.

ORONTE.

Soit. Qu'y a-t-il, monsieur?

SBRIGANI.

Fous connoître point en sti file un certe monlsir Oronte,

O BONTE.

Oui, je le connois.

SBRIGANI.

Et quel homme est-il, montsir, si ve plaît ^

ORONTE.

C'est un homme comme les autres.

SBRIGANI.

Je fous temande, montsir, s'ij est un homme riche, qui a du bienne.

ORONTE.

Oui.

SBRIGANI.

Mais riche beaucoup grandement, montsir?

ORONTE.

Oui.

SBRIGANI.

J'en suis aise beaucoup, montsir.

ORONTE.

Mais pourquoi cela?

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ACTE II, SCÈNE III. i4i

SBRIGANI.

L'est, montsir , pour un petit raisonne de consécjuence pour nous.

ORONTE.

Mais encore, pourquoi?

SBRIGANI.

L'est, montsir, que sti montsir Oronte donne son fille en mariage à un certe montsir de Pourcegnac.

ORONTE.

Hé bien?

SBRIGANI.

Et Sti montsir de Pouï*cegnac, montsir, l'est un homme que doive beaucoup grandement à dix ou douze mar- chanes flamanes qui être venus ici.

ORONTE.

Ce monsieur de Pourceaugnac doit beaucoup à dix ou douze marchands?

SBRIGANI,

Oui, montsir; et dépuis huite mois nous afoir obtenir un petit sentence contre lui; et lui a remettre à payer tou ce créancier de sti mariage que sti montsir Oronte donne pour son fille.

ORONTE.

Hon, bon, il. a remis là à payer ses créanciers?

SBRIGA^rr

Oui, montsir; et avec un grant défotion nous tous attendre sti mariage.

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i42 a DE POURCEAPGNAa

ORONTE^à part.

L'avis nW pas mauvais, (haut.) Je vous donne le bon- jour.

SBRI6ANI.

Je remercie montsir de la Êiveur grande.

ORONTE.

Votre très-humble valet. '

SBRIGANI.

' Je le suis, montsir, obliger plus (jue beaucoup du bon nouvel <jue montsir m'avoir donné.

(seul, après avoir ôté sa barbe, et dépouillé l'habit de flamand qu'il a par-dessus le sien. )

Cela ne va pas mal. Quittons notre ajustement de fla- mand pour songer à d autres machines; et tâchons de semer tant de soupçons et de division entre le beau-père et le gendre, que cela rompe le mariage prétendu. Tous deux également sont propres à gober les hameçons qu on leur veut tendre; et, entre nous autres fourbes de la pre- mière classe, nous ne Ëiisons que nous jouer lorsque nous trouvons un gibier aussi facile que celui-là.

SCÈNE IV. M. DE POURCEAUGNAC, SBRIGANI.

M. DE POURCEAUGNAC , se crojant senU •

PiGLiALO su, pîglialo su, Signor nLonsu. . . Que diable est-ce là? ( apercevant Sbrigani.) Ah! SBRIGANI.

Quest-ce, monsieur, qu'avez-vous?

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ACTE II, SCÈNE IV. i43

M. DE POURCEAUGNAC.

Tout ce que je vois me semble lavement.

SBRIGANl.

Comment?

M. DE POURCEAUGNAC.

Vous ne savez pas ce qui m'est arrivé dans ce logis à la porte duquel vous m avez conduit?

SBRIGANl.

Won, vraiment. Qu'est-ce que c'est?

M. DE POURCEAUGNAC

Je pensois y être régalé comme il faut.

SBRIGANl.

Hé bien?

M. DE POURCEAUGNAC

Je vous laisse entre les mains de monsieur. Des méde- cins habillés de noir. Dans une chaise. Tâter le pouls. Comme ainsi soit. Il est fou. Deux gros joufflus. Grands chapeaux. Buon di, buon dl. Six pantalons. Ta, ra, ta, la; ta, ra, ta, ta; aïlegramente, monsu Pourceaugnac, Apothicaire. Lavement. Pren^, monsieur, prenez, pre- nez. Il est bénin, bénin. C'est pour déterger, pour dé- terger, déterger. Piglialo su, signôr monsu; piglialo, piglialo, piglialo su. Jamais je n'ai été si soûl de sottises.

SBRIGANl.

Qu'est-ce que tout cela veut dire?

M. DE POURCEAUGNAC.

Cela veut dire que cet homme-là , avec ses grandes em-

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i44 M. DE POURCEAUGNAC.

brassades, est un fourbe, (jui m'a mis dans une maison pour se moquer de moi et me faire une pièce.

SBRIGANI.

Cela est-il possible?

H. DE POURCEAIJGNAC.

Sans doute. Ils étoient une douzaine de possédés après mes chausses; et j'ai eu toutes les peines du mondé à m'échapper de leurs pattes.

SBRIGANI.

Voyez un peu; les mines sont bien trompeuses! Je Taurois cru le plus affectionné de vos amis. Voili un de mes étonnements , comme il est possible qu'il y ait des fourbes comme cela dans le monde.

M. DE POURCEAUGNAC.

Ne sens-je point le lavement? Voyez , je vous prie.

SBRIGANI.

Hé! il y a (juelque petite chose gui approche de cela.

M. DE POURCEAUGNAC

J'ai l'odorat et l'imagination tout remplis de cela; et il me semble toujours que j^ vois une douzaine de lave- ments qui me couchent en joue.

• SBRIGANl.

Voilà une méchanceté bien grande! et les hommes sont bien traîtres et scélérats!

M. DE POURCEAUGNAC

Enseignez-moi, de grâce, le logis de monsieur Oronte ; je suis bien aise d y aller tout à l'heure.

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AjCTE II, SCÈNE IV. 145

SBRIGANI.

Âh! ah! yous^tes donc de complexion amoureuse; et vous avez ouï parler que .ce monsieur Qronte a une fille...

M. DE PÔURCEAUGNAC.

Ouï , je viens lepouser.

SBRIGANI;

L'é... Fépouser?

H. DE POURCEAUGNAC.

Oui.

SBRIGANI.

En mariage?

H. DE POURCEAUGNAC.

De quelle Êiçon donc?

SBRlGÀNt.

Âhl c'est une autre chose; je vous demande pardon.

M. DE POURCEAUGNAC

Qu est-ce que cela veut dire?

SBRIGANI.

Rien.

M. DE POURCEAUGNAC

Mais encore?

SBRIGANI.

Rien, vous dis-je. «Tai un peu parlé trop vite.

M. DE POURCEAUGNAC

Je vous prie de me dire ce qu'il y a là-dessous.

SBRIGANI.

Non , cela n'est pas nécessaire. MoLikiiE. 5. to

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i46 M. DE POURCEAUGNAC.

M. DB 1»OURCEAUONAG

De grâce.

sfiRiaAîrî. Point : je vous prie de m'en dispensert

M. DE POURGBAUGNAC.

Est-ce que vous n'êtes point de mes amis?

SBRIGAI^I.

Si fait; on ne petit pas l^étre davantage.

M. DE POURGEAUGNAG*

Vous devez donc ne me rien cacher.

SBRIGANI.

C'est une chose où il y va de Fintérêt du prochain.

M. DE POURGEAUGNAG.

Afin de vous obliger à m'ouvrir votre cœur^ voilà une petite bague que je vous prie de garder pour l'amour do moi.

SBRlGAirt«

Laissez-moi consulter un peu si je le puis faire en

conscience. ( après s'être un peu éloigné de M. de Pourceaugnac. ) C'est un homme qui cherche son bien, qui tâche de pour- voir sa fille le plus avantageusement quil est possiUe; et il ne faut nuire à personne : ce sont des choses qui sont connues à la vérité; mais j^îraî les découvrir à un homme qui les ignore , et il est défendu de scandaliser son pro- chain, cela est Vtai. Mart d'autre part voilà un étranger qu^on veut surprendre^ «t\]^^ de bonne foi, vient se ma* rier avec tme fille qu^il m ooBtoit pas /et qu'A n'a jamais

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ACTE II, SCiNE iV. i47

vue ; un geUtilboiàBie plesi i& franchise^ pour qui |e me sens de l^Inclination, qui me fait rhonueur de me tenir poui" son ami, prend confiaBce tia moi, et me donne une bague A garder pour l'amour de lui. ( ^ M. fie Pvrutceangiiac. ) Oui , je trouve que je puis vous clire les clioses isan3 blesser tna couscienct ; mais tâcbôns dé vous les dire le plus doucement qu'il ndus ^ra possible, et d'épargoer les gens le plus que nous pourrons. De vous dire que cette fille-là mène tine yi« déshounéte, cda seroit uii peu trop fort; cherclions, pour uOQs expUqtlet^ quelques termes plus doul. Le mot dé galante aussi n'est pas assez, celui de côqilette achevée me semble propre à ce que nous vou- lons, et je m'eti puis servir pour vbUâ dire honuêtemerit ce qti elle est»

L*on me veiit donc prendre peur dupe if

SBRIOÀNIi

Peut-être dâiis le fond n'y û'^t-it pas tant de mal que tout le monde croit ; et pui^ il y â àeÉ geiis après fout qui se mettent au'^dessus dé te$ sortes de choses j et qui ne croient pas que letu* honneur dépende. . «

Je suis votre s<}rvitéU^,^ \é ne Me vetix p^int n^ttre sur la tête un chapeau comme celui-là; et Ion aim« à aller le firent levé dans la famille des PoUrceaugnacs.

SB&IOAKIi

Voilà le père.

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i48 M. DE POURCEAUGNAC.

M. DB POU&GEAUGNAO.

Ce yieillard-li?

SBRIGANI.

Oui. Je me retire.

SCÈNE V. ORONTE, M. DE POURCEAUGNAC.

M* DE POURCEAUGNAC.

Bonjour , monsieur , bonjofur.

ORONTE.

Serviteur, monsieur, serviteur.

M. DE POURCEAUGNAC.

Vous êtes monsieur Oronte, nVt-ce pas?

ORONTE.

Oui.

M. DE POURCEAUGNAC.

Et moi, monsieur de Pourceaugnac.

ORONTE.

A la bonne heure.

M. DE POURCEAUGNAC.

Croyez -VOUS, monsieur Oronte, que les Limosins soient des sots? .

ORONTE.

Croyez-vous, monsieur de Pourceaugnac, que les Pa- risiens soient des bétes?

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ACTE II, SCÈNE V. i4g

M. DB POURCEAUGNAC.

Vous imaginez-vous, noionsleiir Oronte, <juW homme comme moi soit si aflfâmé de femme?

ORONTE.

Vous imaginez -vous , monsieur de Poniceaugnac , qu'une fille comme la mienne soit si afiamée de mari?

SCÈNE VI. JULIE, OROKTE, M. DE PODRCEAUGNAC.

JULIE.

0 N vient de me dire , mon père , que monsieur de Pour- ceaugnac est arrivé. Ah ! le voilâ sans doute , et mon cœur me le dit. Qu il est bien fait! Qu'il a bon air! Et que je suis contente d'avoir un tel époux! SouflSi^ez que je l'em- brasse, et que je lui témoigne. . ;

ORONTH.

Doucement, ma fille, doucement. •

M. DE PbURCEAUCNAÇ,àpart. .

Tudieu! quelle galante! Comme elle prend feu d'abord I

QRQNTE.

Je voudrois bien savoir, monsieur de PourceaugnaC) par^ quelle raison vous yenez. . .

JULIE s'approche 'de M., de Pourceaugnac , le regarde d'un air languissant , et lui veut prendre la main. QUe je suis aise de vous voir! et que je brûle d'impa« tience. . .

ORONTE.

Ah ! ma fille , ôtez-vous de là , vous dis-je.

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iSft M. DE POUKCEAiJGNAC.

M, DE P^URCEAUGNAq, ipait.

Obi oh! ^elb égrillarde!

QRONTB^

Je voudrois bien, dis-je, savoir par quelle raisop, ii\ j4m jplait, YQ^ avez }a hardiesse de. . .

( Julie continue le même jeu, ) M. DE POURCEAUGN4C,2»p^|jt,

Vertu de ma vie I

OR0NTB,àJul^,

Encore ! qu'est-ce à dire , cela ? Jtj|:,iE. Ne voulez-vous pas que jç caresse l^pwjç qtïe vou? mWez choisi?

ORONTE,

Non. Rentrez fà-dedans.

JULIE,

Jjaissez-moi le regarder,

CROifTtI,

Rentrez , tous dis-je,

;ruiiB, Je veux demeurer là, s'il vous plaît,

ORONTE.

Je ne veux pas, moi ; et , si tu ife rentres tout à l'heure ^ je...

^ULIE.

*

fié bien! je rentre.

ORONTE.

Ma fille est une sotte , qui ne sait pas les choses.

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ACTE II, SCÈNE VI. i5i

M. DE POURCEAUGNAG.

Comme nous lui plaisons!

ORONTE, à ft^ip ^ui est restée après «Toir fait citriques pat pour s en aller.

Tu ne veux paii te retirer?

Quand est-ce donc que tous, me iparieree àfec mon- sieur? ♦'

e OBiOI^TE.

Jamais ]^et tu x^W-pas pour lui.

JUtlE.

J^T€W,j^Wi^9«i^^9 puisque ypju^ xn^^lav^z pomis. 8i *jt te Tai pv|>mis,*je te U dëpromett.

M. DE POURGBirUGNAC,àpart.

EHe Voudroit bien me tenir.

JULIE.

Vous avez beau fiiire. nous serons maries ensemble eo dépit de tout le monde,

OROtr^E.

Je vous en empéclieraî bien tous deux ^ je vous assure. Voyez un p€lu quel vertigo lui prend !

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i52 M. DE POURCEAUGNAC.

SCÈNE VIL ORONTE, M. DE POURCEAUGNAC.

M. DE POURCEAUGNAC.

Mon Dieu ! notre beau-père prétendu, ne tous fatiguez point imt ; on n'a pas envie de you& enlever votre fille , et vos grimaces n^attraperont rien.

ORONTE. %

Toutes les vôtres n'auront pas graâd éftt

H. DE POURGEAUONAC.

Vous êtes-vous mis dans la lêtt qtfe Lioniferd de 1^)ur- ceaugnac soit un homme à acheter chat en poche , et qu'il n ait pas là-dedans quelque iporceau de judiciaire pour se conduire, pqur sp faire informer dp lliistoire du monde, et voir, en se mariant, si son honneur a bien toutes ses sûretés?

ORONTE.

Je ne sais pas ce que cela veut diçe : mais vous étes- vous mis dans la tête qu'un hoinme de soixante et trois ans ait si peu de cerVelle, et considère si peu sa fille, que de la marier avec un hogune qui a ce que vous savez, et ^i a été mis' chez un m^ecin pour être pansé?

M. DE POURCEAUGNAC.

C'est une pièce que l'on m'a faite, et je n'ai aucun mal.

ORONTE.

Le médecin me Fa dit lui-mâiAe.

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ACTE II, SCÈNE VIL i53

M. DE POURGEAUGNAC.

Le médecin en a menti. Je suis gentilhomme, et je veux le voir Fépée 4 la main-

ORONTE.

Je sais ce que j'en dois croire; et vous ne m'abuserez pas là-dessus, BOîn plus que sur les dettes que vous avez assignées sur le mariage de ma fille.

M. DK POURCEAUG^AG.

Quelles dettes?

ORONXE.

La feinte ici est inutile; et j'ai vu le marchand flamand qui, avec les autres créanciers, a obtenu depuis huit mois sentence contre vous.

M. DB POURCEAUGNAG.

Quel marchand flamand? Quels créanciers? Quelle sentence obtenue contre moi?

ORONTE.

Vous saVez bien ce que je vçux dire.

SCÈKE VIII. LUÇETTE, ORONTÉ, M. DE PODRCEADGNAC.

LXJCETXE, contrefaisant une Languedocienne.

Âh! tu es assi, et à la fi jeu te trobi apr^s abé fait tant de passés! Podes-tu, scélérat, podes-tu sousteni ma bisto?

M. DE POURCEAUONAG.

Qu'est-ce que veut cette femme-là?

LUCETTE.

Que te boli, ioJfame? Tu lis sémblan de nou me pas

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i54 M. DE POURCEAUGNAC,

connouisse, et nou rougisses pas, impudint que tu sios, tu ne rougissd^pas de me beyre? (à Oronte) Nou sabi pas, moussur, sacpos bous dont m an dit que bouillo espousa la fiUo; may jeu bous déclari que yen soun sa fenno, et que y ja set ans, n^oussur, qu'en passant à Pézéuas, e] auguet F adresse , dambé sas mignardisos , commo saptabla fayre, de me gagna lou cor, et m'oubligel pra quel moueyeu à ly donna la man per l'espousa.

ORONTU,

Oh! oh!

M, DE POURCEAUGNAC

Que diaUe est-ce ci?

LUCETTB.

Lou trayté me quitel très ans après, sul préteste de cpal^as ^(kyTts qœ lltpelabon dtns soun paySj et des- pey nouD Vy resçau put quA$o -de sdubelo ; may dius lou tens qu^ soungeabi lou« mens, m'an donnât abist que begnio dins aquesto UUq per se remarida dami>é un autro jouena fillo, que sous parens ly an procurado, sensse saupé res de soun premier mtriàtge. Yen ai tout quittât en diligenfiso, et m^ souy rendu^Mlinsaqnestebc, lou pu leu quay pouscut , per m'oupousa en aquel criminel ma«* riatge5 et ^confondre as elys de tout h ^Un3e lou plus méchant day hommes.

M. DE POURCEAUGNAC.

VoUà une étrange elErôntée !

LUÇETTE.

ImpocUnt, n^a pas honttdeVn'injiuria, alloc d'être con-

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ACTB Uj SC6NB VIU, a56

tm 4»j Tep9po]i«0 tecÀ)|9 ^ue ti^ ooiiso»ek)C|K> 10 dau fcyrç?

M. D£ ÇOURC9AUOI74Ç,

]y(oi| je suis yotre m^?

Ï.UCETTE.

Infâme, gausos-tu diSB îpu contrairi? Hé! tu sabes bé, per ma penno , c[ue n*e9 que ti^p Wtat ; ejt pbgue^SQ al cel qu'aco nous fouguesso pas^ çt que pi'auquesso lays- çaclo dins Tétat dlunoue^senco et dins la tra^quillitat pun moun amo bibio daba,n que tà^s charmes et tas trou^pa- riés oun m'en benguesson malheurousomeu fayre sourti! yeu nou serio pas réduite À layré lou triste pefsounatge queyeufayepréseptemeu,' àbeyre un marit cruel meSpresa touto Fardou que yeu ay |fer el , et me laissa sensse cap de piélat abandpunado & las -indurteles 4oulous que yeû re^ s^ti de sas perfidos açci&^'

Je ne saurois m'eriipêcber de pleurer. (àM. de^our- oeaugnacO Allez, VOUS étes un méchant hon^me,

M. DE ï><)TÎRCEAU«NiC,

Je ne connois riei à to«t ceci.

SC^NE IX.

TÎÉRINE, LUCETtE, ORONTE, M. DE POURCfiAUGNAC.

K é m ir £ , conmfaHttirt «ne Picarde. Ah! je n'en pis plus, je sis tout essoflée. Ah! finfaron, tu m'as bien Ëiit, courir, tu ne mecaperas <ndl. Juatiche!

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i56 M. DE PODRCEAUGNAC.

justichel je boute empéchemeaf au mariage. (àOronte,) Chés mon méri, moQsieu, et je yeux £dre peindre dié bon pendard-là.

M. DE POURGEAVGirAG.

Encore!

ORONTE, àpai^.

Quel diable d^homme e6t-ce ci ?

LUCETTE.

Et que boblez-bous dir^ ambé bostre empachomen et bostro pendarie? qu^aquel bomo est bostre marit?

Oui, i^edéme, et je sis sa femme.

lucei:j:e. Âc[«o e^ fau^, aquos jeu ^e soun sa fenno; et se deustre pendut, aquo sera yeii (^e lou ferai penjat.

lïÉRJIïE.

Je n'entains mie cbe baragoin-là.

LUCETTE.

Yeu bous disi que ye\L soim sa feni^o.

NBRIItE. *

Sa femme Z

LUCETTE.

Oy. . ♦

UTERINE.

Je vous di que chest mi, ewore in co«qp, qui le sis.

LUCETTE.

Eliyeu bous sousteni, yeu, qu'aquos yeu.

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ACTE II, SCÈNE IX. 167

NÉRINE.

Il y a c[uetre ans qu'il m'a éposëe.

liUCETTB.

Et yéu set ans 7 a que m'a preso pr fenno.

NARINE.

J'ai des gairants de toi^ ce que je di.

LUCfiTTB.

Tout ition pay lo sap.

NiaiNB. No TÎlle en est témoin.

LUCEtTE.

Tout Pézénas a bistn^re mariatge.

irtRINE.

Tout Chin-Quentin a assisfé à nos noches.

LUCETTE.

Nott y a res de tant téri^able. N^ft Vf E. 11 gn'y a rien de plus chertain.

LUCETTE, à Mi de Pôutceaugnac.

Gausos-tu dire loii contrari, yaliquos?

NARINE, à M. dé Pourcfiau^ac; Est-che que tu me démentiras, méchaint homme?

M. DE POURCEAUGNAG.

Il est aussi vrai l'un que lautre

LUCETTE.

Quakign impudensso! Et coussy,- misérable, nou te soubennes phiç de la pauro Françbn et d^l panré Jeaoïnet , que soun lous fruits de nostre mariatge?

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t58 M.. DE PÔURCEAUGNAC.

Bàjéz tiki peu l'insoIeDcel Quoi ^ tune tff soturkis' mie de ciiette pauvre aiki&m, no petite Madelaine/que tu m^as laichée pour gaige de ta &i?

Mi DE POVKCEJLVÙVkCt

Voilà deux impiudeàtes ciffognes.

LUQEtTE.

Béni, Françoû; betii, Jeatmet; béni tOu^ttftl,lleb^ teus- taine, béni fajt^ beyré i un payre dénaturât la duretat qu*elap9nosires.

VeneZ) Bbdeiaine^ tBeii*ii|Jiin^ TendB^^teg^eit îclit fidre honte à yo père de Pimptdaindie qu'il a»

SCÈNE X.

ORONTÈ, M. t)Ë POUROgAUGNAC, LUCÉÏTE, NÈRINE, PLUajEÉRS ENFANTS.

Ah! mou papal inon papal mon papdl

M. DE P0tRGJEfAU6NAG«

Diantre soit des petits fils de putaitis I

ttJCETTÈ.

Coussy , tjrayte, tii nou sios par dihs la demiare cônfii* siu de reitôaupre à tal tous enfanta ^ et dé (étmâk Foreillo â la tetldresso paternello ? Tu Aôu ni e^caparas pa^ y infâme : yen te boly fleguy pertout , et te reproucha ton crime y jus- quoa à taàtipiie Bie sio benitdo ^ et que t'ayo %t penjat y couquy, te boly layre puqat.

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ACTE II, SCÈNE X. 159

NÉRINE.

Né rougis-tu mie de dire ches mots-là,, et d'être insain- sible aux cairesses de chette pauvre ainfain? Tu ne te sau- veras mie de mes pattes : et , en dépit de tes dains , je ferai bien voir que je sis ta femme , et je te ferai pindre.

LES ENFANTS.

Mon papa ! mon papa ! mon papa !

M. DE POURCËAtJGNAC.

Au secours! au secours! Où fuirai- je? Je n'en puis plu^»

0 R 0 N t E , à Lticette et à Nërine»

Allez, vous ferez bien de le Êiire punir; et il mérite d^ètre pndu.

SCÈNE XL

SBRIGANL

Je conduis de Toeil toutes choses, et tout cela ne va pas mal. Nous fatiguerons tant notre provincial ^^ qu'il Êiudra, ma foi, qu'il déguerpisse.

SCÈNE XIL

M. DE PODRCEAIIOIfAC, SBRIOANI.

if. de pourgeauokac. An! je suis assommé. Quelle peine! quelle maudite ville! Assassiné de tous côtés!

iSBRIGANI.

Qu'est-ce > monsieur? Est- il eucord arrivé queljuô thôse?

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i6o M. DE POURCEAUGNAC.

M. DE POURCEAUGNAC.

Oui; il pleut en ce pap des femmes et des lavements.

SBRIGANI.

Comment donc?

M. DE POURCEAUGNAC.

Deux carognes de baragouineuses me sont venues ac- cuser de les avoir épousées toutes deux, et me mçnacent de la justice.

SBRIGANI.

Voilà une méchante affaire; et la justice en ce pays-cî est rigoureuse en diable contre cette sorte de crime.

M. DE POURCEAUGNAC

Ouf; mais quand il y auroit information, ajournement, décret et jugement obtenu par surprise, défaut et contu- mace , j'ai la voie du conflit de juridiction pour temporiser et venir aux moyens dé nullité gui seront dans les procé- dures.

SBRIGANIi

Voilà en parler dans tous les termes; et Ton voit bien, monsieur, que vous êtes du métier.

1*. IJE POURCEAUGNAC.

Moi! point du tout; je suis gentilhomme. :

SBRIGANI.

Il faut bien, pour parler ainsi, que vous ayez étudié la pratique.

M. DE POURCEAUGNAC.

Point; ce n'est que le sens commun qui me fait juger que je serai toujours reçu à mes Êiits justificatifs, et qu'on

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ACTE II, SCÈNE XIL i6i

oe me sauroit condamner sur une simple accusation , sans un récolement et confrontation avec mes psBrties.

SBRIGANI.

En voilà du plus fin encore.

M. DE POURGEAUGNAC.

Ces mots-là me viennent sans que je les sache.

SBRIGANI.

Il me semble que le sens commun d'un gentilhomme peut bien aller à concevoir ce qui est du droit et de Tordre de la justice, mais non pas à savoir les vrais termes de la chicane.

M. DE POURCEAUGNAC.

Ce sont quelques mots que j ai retenus en lisant les romans.

SBRIGANI.

Ah! fort bien.

M. DE POURCEAUGNAC.

Pour vous montrer que je n'entends rien du tout à la chicane, je vous prie de me mener chez quelque avocat pour consulter mon affaire.

SBRIGANI.

Je le veux, et vais vous conduire chez deux hommes fort habiles : mais j'ai auparavant à vous avertir de n^étre poînt surprb de leur maniée de parler; ils ont contracté du barreau certaine habitude de déclamation , qui Êiit que l'on diroit qu'ils chantent, et vous {^rendrez pour musique tout ce qu'ils vous diront.

MOLllmS* 5. Il

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iGa M. DE POURCEADGNAa

M, DE POURCEAUGNAC.

Qu'importe comme ils parlent , pourvu qu'ils me disent ce que je veux savoir.

SCÈNE XIIL M. DE POURCEAUGNAC, SBRIGANI, DEUX AVOCATS, DEUX PROCUREURS, DEUX SERGENTS.

PESMIEB ÀTOCÀT, traînant ses proies en chantant. La poljgamie est un cas , Est un cas pendable. SECOVD ATOCÀT, chantant fort vite en bredouillant. Votre fait Est clair et net , Et tout le droit , Sur cet endroit , Conclut tout droit. Si vous consultez nos auteurs , Législateurs et glossatéurs , Justinian , Papinian , Ulpian et Tribonian , Fernandy Rebuffe, Jean Imole, Paul Castre , Julian , Barthole , Jason , Alciat , et Cujas ,

Ce grand homme si capable , La polygamie est un cas , Est un cas pendable.

ENTRÉE DE BALLET.

( Danse de deux procureurs et de detif serments. Pendant que le second

avocat chante les paroles qui suivent :)

Tous les peuples policés , Et bien sensés,

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ACTE, II, SCÈNE XIII. i63

Les François , Anglois , Holïandots ,

Danois , Suédois , Polonois , Portugais , Espagnols , Flamands ,

Italiens , Allemands , Sur ce fait tiennent loi semblable ; Et l'affaire est sans embarras. La poljgamie est un cas , Est un cas pendable.

LE phemieh atocat chaaU eelles^L La polygamie est un cas , Est un cas pendable.

( M. de Pourceangnao , impalienté , les cbaMe. )

ri5 DU SECOND ACTE.

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i64 M. DE POURCEAUGNAC.

ACTE TROISIÈME.

SCÈNE L

ÉRASTE, SBRIGANI.

SBRIGANI.

O XJI9 les choses s^acheminent où nous voulons ; et comme ses lumières sont fort petites, et son sens le plus borné du monde, je lui ai feit prendre une frayeur si grande de la sévérité de la justice de ce pays, et des apprêts cpi'on fai- soit déjà pour sa mort, qu'il veut prendre la fuite; et, pour se dérober avec plus de facilité aux gens que je lui ai dit qu'on avoît mis pour Tarrêter aux portes de la ville, il s'est résolu à se déguiser, et le déguisement qu'il a pris est rhabit d'une femme.

ÉRASTE.

le voudrois bien le voir en cet équipage.

SBRIGANI.

Songez de votre part à achever la comédie ; et tandis que je jouerai mes scènes avec lui, allez-vous-en. (il lui parle à l'oreille. ) Vous entendez bien?

SRASTE.

Oui.

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ACTE III, SCÈNE L i65

SBRIGANI.

Et lorsque je l'aurai mis ob je veux. • • ( n lui parle k l'o-

reîUe,)

ÉRA8TE.

Fort bien.

SBRIGANI.

Et quand le père aura été averti par moi. . . ( a lui parl«

encore à Toreille. )

ÉRASTB.

Cela Ta le mieux du monde.

SBRIGANI. .

Voici notre demoiselle. Allez vite , qu'il ne nou» voie ensemble.

SCÈNE II.

M. DE POURCEADGNAC, en femme; SBRIGANI.

SBRIGANI.

Pour moi, je ne crob pas qu'en cet état on puisse ja- mais vous connoitre ; et vous avez la mine comme cela d'une femme de conditioiL

M. DE POITRGEAUGNAC.

Voilà qui m'étonne, qu^en ce pays-ci les formes de la justice ne soient point observées.

SBRIGANI.

Oui, je vous l'ai déjà dit, ils commencent ici par fidn> pendre un homme, et puis ils lui font son procès.

M. DE POURCEAUONAC.

Voilà une justice bien injuste.

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i6(î M. DE POURCEAUGNAC.

SBRIGANI.

Elle est sévère comme tous les diables , particulière- ment sur ces sortes de crimes.

M. DE POURCEAUGNAC.

Mais quand on est innocent?

SBRI6ANL

N'importe, ils ne s'enquêtent point de cela : et puis ils ont en cette ville une haine eflfroyable pour les g«is de votre pays ; et ils ne sont pas plus ravis que de voir pendre un Limosin.

M. DE POURCEAUGNAC

Qu'est-ce que les Limosins leur ont donc fait?

SBRIGANI.

Ce sont des brutaux, ennemis de la gentillesse et du mérite des autres villes. Pour moi , je vous avoue que je suis pour vous dans une peur épouvantable-; et je ne me consolerois de ma vie si vous vpniez à être pendu.

M. DIS POURCEAUGNAC.

Ce n'est pas tant la peur de la motl qui me fait fiiir , que de ce qu'il est fâcheux à un gentilbonuxie d'éU'e pendu , et qu'une preuve comme celle-là feroit tort à nos titres de noblesse.

SBRIGANI.

Vous avez raison ; on vous contesteroit après cela le titre d'écuyer. Au reste, étudiez -vous, if^nà je vous mènerai par la main, à bien marcher oQmiQe une femme, et à prendre le engage et toutes 1^ manières d'une per- sonne de qualité.

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ACTE III, SCÈNE IL 167

M. DB POURCEAUOVaC.

Laissez-moi Êiire 5 j'ai yu les persoimes du bel air. Tout ce qu'il y a, cest que j'ai un peu de barbe,

SfiRIGANI.

Votre barbe n^est rien; il y a des fenunes qui en ont autant que vous. Çà, voyons un peu comme vous ferez. (après que M. de Pourceaugnac a contrefait la femme de condi- tion.) Bon.

M. DS POURCEAUftlTAC.

Allons donc, mon carrosse; où est-ce qu'est mon car- rosse? Mon Dieu! Qu'on est misérable d'avoir des gens comme cela! Est-ce quon me fera attendre toute la journée sur le pavë^ et qu'on ne me fera point venir mon carrosse ?

S6AI6AN1.

Fort bien.

M. OB POURCEAUGNAC.

'Holàl ho! cocher, petit laquais. Ah! petit fripon, qiié de coups de fouet je vous ferai donner tantôt ! Petit laquais, petit laquais. Où est-ce donc qu'est ce petit la- quais? ce petit laquais ne se trouvera- t-il point? ne me fera-t-on point venir ce petit laquais? Est-ce que je n'ai point un petit laquais dans le monde?

SBRIGANI.

Voilà qui va à merveille, Mab je remarque unechosc ; cette coiffe est un peu trop défiée; j'en vais quérir une un peu plus épaisse , pour vous mieux oacher lé visage en cas (le quelque rencontre.

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i68 M. DE POURCEAUGNAO.

M. DE POURCEAUGNAC.

Que deyiendrai- je cependant?

SBRIGANI.

Attendez-moi là, je suis k vous dans tm moment; vous u avez qu'à vous promener.

(H. de PouTceaugnac fait plusieurs tours sur le théâtre , eu conti- nuant à contrefaire la femme de qualité. )

SCÈNE IIL M. DE POURCEAUGNAO, DEUX SUISSES.

PREMIER SUISSE, sans voir M. de Pourceau;. oac.

ALLoiTS,dépêchons , camerade ; Ijr &ut allair tous deux nous à la Crève pour regarter un peu chousticier sti montsir de Porcegnac, qui Fa été contané par ortonnancc à Tétre pendu par son cou.

SECOND SUISSE, sans voir M. de Pourceaugnac. Ly Êiut nous loer un fenestre pour foir sti choustice.

PREMIER SUISSE.

Lj disent que Ton Êiit téjà planter un grand potence foute neuve, pour ly accrocher sti Porcegnac.

SECOND SUISSE.

Ly sira, ma foi, un grant plabir d'y regarter pendre sti limossin.

PREMIER SUISSE^

Oui, te ly foir gambSler les pieds en haut te£mt tout le monde.

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ACTE III, SCÈNE III. 169

' SECOND SUISSE.

Ly est un plaisant trôle, oui : ly disent cpic s'être marié Iroy foie,

PREMIER SVrsSE.

Sti diable ly fouloir troy femmes à ly tout seul$ ly être bien assez t We.

SECOND SUISSE, en aperceyant M. de Pourceauçnac.

Ah! pon cbour, mameselle.

PREMIER SUISSE.

Que faire fous là tout seul?

M. DE POURCEAUGNAC.

Tattends mes gens, messieurs.

SECOND SUISSE.

Ly être belle, par mon foi.

M. DE POURCEAUGNAC.

Doucement, messieurs.

- PREMIER SUISSE.

Fous , mameselle, fouloir finir rechouir fous à la Crève? Nous foire foir à fous un petit pendement pien choli.

M. DE POURCEAUGNAC.

Je vous rends grâce.

SECOND SUISSE.

Uêtre un gentilhomme limossin , qui sera pendu chan- timent à un grand potence.

M. DE POURCEAUGNAC.

Je n'ai pas de curiosité.

PREMIER SUISSE.

Ly être là un petit tétoft qui Test trôle.

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170 M. DE POURCEAUGNAC

M. DE POURCEAUGNAC.

Tout beau.

PHEMIEH SUISSE.

Mon foi , moi couchair pien afec fous.

M. DE P0URGEAV6ITAC.

Ah ! c'en est trop ; et ces sortes d'ordures-Ià ne se disent point à une femme de ma condition.

SECOND SUISSE.

Laisse, toi; l'être moi qui veux couchair afec elle.

PREMIER SUISSE.

Moi , ne fouloir pas laisser.

SECOND SUISSE.

Moi , \y fouloir, moi.

( Les deux Suisses tirent M. de Pourceaugnac ayec Tiolence. ) PREMIER SUISSE.

Moi, ne faire rien,

SECOND SUISSE.

Toi , Tafoir pfen menti.

PREMIER SUISSE.

Parti, toi, l'afoir menti toi-même.

M. DE POURCEAUGNAC.

Au secours, à la force!

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ACTE III, SCÈNE IV. ijf

SCÈNE IV.

M. DE POURCEAUGNAC, UN EXEMPT, DEUX ARCHERS, DEUX SUISSES.

L^EXEMPT.

Qu'est-ce? ,Quelle violence est-ce là? Et que voulez- vous Élire à madame? Allons , que Ion sorte de là , si vous ne voulez que je vous mette en prison.

PREMIER SUISSE.

Parti , pon , toi Fafoir point.

SECOND*SUISSE.

Parti, pon aussi, toi ne 1 afoir point encore.

SCÈNE V.

M. DE POURCEAUGNAC, UN EXEMPT.

M. DE POURGEAtJGNiC.

Je vous suis obligé, monsieur, de m'avoîr délivrée de ces insolents.

l'exempt.

Ouais I voilà un visage qui ressemble bien à celui que Ton m'a dépeint.

M. DB FiOUilCBAUGHAa

Ce n'est pas moi , je vous assure. l'exempt. Ah ! ah ! qu est-ce que veut dire. * . ?

M. I^E POURGSAIfGNAC.

Jecesabpas.

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lya M. DE PODRCEAUGNAC.

l'exempt. Pounjaoi donc dites-vous cela?

M. DE POURGEAUGNAC.

Pour rien.

l'exempt. Voilà un discours qui marque quelque chose , et je vous arrête prisonnier.

M. DE POVRCEAUGNAC.

Hél monsieur 9 de grâce!

l'exempt.

Non, non; à votre mine ^t à vos discours, il faut que ^ ous soyez ce monsieur de Pourceaugaac que nous cher- chons, qui se soit déguisé de la sorte; et vous viendrez en prison tout à Theure

M. DE POURCEAUGNAC.

Hélas!

SCÈNE VL

M. DE PODRCEAUGNAC, SBRIGANI, UN EXEMPT, DEUX ARCHERS.

SBRIGANI, à M. de Pomceangnac.

Ah ciel I que veut dire cela?

M. DE POURCEAUGNAC.

Ils m'ont reconnu.

L^ËXEMPT.

Oui , oui ; c'est de quoi je sub ravL

SBRIGANI, à TcxempU

Hél monsieur y pour l'amour do moi, vous savez que

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ACTE III, SCÈNE Vl. 173

nous sommes amis depuis long-temps , je vous conjure de ne le point mener en prison.

l'exempt. Non , il m est impossible.

SBRI6AN1. Vous êtes homme d'accommodement. N'y a-t-il pas moyen d'ajuster cela avec quel(jues pistoles?

l'exempt, à ses archert.

Retirez-Yous un peu.

SCÈNE VIL

M. DE PODRCEAUGNAC, SBRIGANI, UN EXEMPT.

SB RIGA Kl, à M. de Pourceaùgnac.

Il faut lui donner de l'argent pour vous laisser aller. Faites vite.

M. DE POU&CEAU6NAC, donnant de largent à Sbrigàni.

Ah! maudite ville!

SBRIGANI.

Tenez, monsieur.

l'exempt. Combien y a-t-il?

SBRIGANI.

Un, deux, Joroîs, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix.

l'exempt. Non , mon ordre est trop exprès.

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i2\ M. DE PODilCEAUGNAC.

SBRIGANI^à l'oxempt qui yeut s*eB aller. Mon Dieu ! attendez. ( à M. de Ponrceaugnac. ) Dépéchez, donnez-lui-en encore autant.

M. DE POURCEAXrGNAC

Mais...

SBRI6ANI.

Dépêchez -VOUS, vous dis -je, et ne perdez point de temps. Vous auriez un grand plaisir quand vous seriez pendu I

M. DE POURCEAUGNAC. Ah I ( Il donne encore de l'argent à Sbrigani. ) SBRIGANI, à l'exempt.

Tenez, monsieur.

l'exempt, à Sbrigani.

n faut donc que je m'enfuie avec lui; car il n y auroit point ici de sûreté pour moi. Laissez-le-moi conduire, et ne bougez d'ici.

SBRIGANL

Je vous prie donc dW avoir un grand soin.

l'exempt. Je vous promets de ne le point quitter que je ne Taie mis en lieu de sûreté.

M. DE PO VRCEATJGKAC, à Sbrigani.

Adieu. Voilà le seul honnête homme que j'aie trouvé en cette ville.

SBRIGANL

Ne perdez point de t!emps. Je vous aime tant, que \^

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ACTE III, SCÈNE VII. 175

voudrois que vous fussiez déjà bien loin, (seul.) Que le ciel te conduise! Par ma foi, voilà une grande dupe. Mais voici. . .

SCÈNE VIII. ORONTE, SBRIGANI.

SBRIGANI, feignant de ne point yoir Oronte. AhI quelle étrange aventure! Quelle fâcheuse non- veUe pour un père ! Pauvre Oronte , que je te plains ! Que diras-tu? et de quelle façon pourras-tu supporter cette douleur mortelle?

ORONTE.

Qu*est-ce2 Quel malheur me présages-tu?

SBRIGANI.

Ah! monsieur, ce perfide Limosin, ce traître de mon- sieur dePourceaugnac vous enlève votre fille!

ORONTB

Il m'enlève ma fille?

SBRIGANI.

Oui. Elle en est devenue si folle, qu'elle vous quitte pour le suivre ; et Ton dit qu'il a un caractère pour se faire aimer de toutes les femmes.

ORONTE.

Allons vite 4 la justice. Des archers après eux.

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176 M. DE POURCEAUGNAC SCÈNE IX, ORONTE, ÉRASTE, JULIE, SBRIGANI.

iRASTE, à Julie.

ALLONS; VOUS viendrez malgré vous, et je veux vous remettre entre les mains de votre père. Tenez , monsieur, voilà votre fille que j ai tirée de force d^entre les mains de 1 homme avec qui elle s'enfiiyoit : non pas pour Famour délie, mais pour votre seule considération; car, après Faction qu'elle a faite, je dois la mépriser, et me guérir absolument de Famour que j'avois pour elle.

ORONTE.

Ah ! infâme que tu es !

iRASTE; à Julie.

Comment! me traiter de la sorte après toutes les mar- ques d'amitié que je vous ai données! Je ne vous blâme point de vous être soumise aux volontés de monsieur votre père; il est sage et judicieux dans les choses qu'il fait; et je ne me plains point de lui de m'avoîr rejeté pour un autre. S'il a manqué à la parole qu'il m'avoit donn&, il a ses raisons pour cela. On lui a fait croire que cet autre est plus riche que moi de quatre ou cinq mille écus; et quatre ou cinq mille écus est un denier considérable, et qui vaut bien la peine qu'un homme manque à sa parole. Mais oublier en un moment toute Fardenr que je vous ai montrée, vous laisser d'abord enflammer d amour pour

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ACXEJU, SCÊiNE IX. i;^;

un nouveau venu, et le suivre honteusement, sans le consentement de monsieur votre père, après les ^crimes qu'on lui impute, c est une chose condamnée de tout le monde, et dont mon cœur ne peut vous faire d^assez san- glants reproches.

JULIE*

Hé bien! oui. J ai conçu de lamour pour lui, et je Fai voulu suivre, puisque mon père me Tavoit choisi pour époux. Quoi que vous me disiez , c est un fort honnête homme; et tous les crimes dont on l'accuse sont faussetés épouvantables. -

0R0NT£.

Taisez-vous, vous êtes une impertinente, et je sais mieux que vous ce qui en est

JULIE.

Ce sont sans doute des pièces que Ton fait, et cest peut-être lui (montrant Eraste) qui a trouvé cet artifice pour vous en dégoûter.

ERASTE.

Mol! je serois capable de cela?

JULIE.

Oui, vous.

ORONTE.

Taisez-vous, vous dîs-je^ vous êtes une sotte.

liRASTE.

Son, non, ne vous imaginez pas que faie aoeime Moi.i)Litz. 5. <t

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178 M. DE PODRCEÀUGNA€.

envie de détourner ce mariage, et que ce soit ma passion qui m ait forcé \ courir après vous. Je vous Taî déjà dit, ce n^est que la seule considération que j'ai pour monsieur votre père; et je* n'ai pu souffrir qu'un honnête homme comme lui fût exposé à la honte de tous les hruits qtii pourroient suivre une action comme la vôtre.

OROKTZ.

Je vous suis, seigneur Eraste, infiniment obligé.

ÉRASTE.

Adieu, monsieur. J avois toutes les ardeurs du monde d'entrer dans votre alliance, j'ai Êiit tout ce que j'ai pu pour obtenir un tel honneur; mais j ai été malheureux, et vous ne m'avez pas jugé digne de cette grâce. Cela n em- péchera pas que je ne conserve pour vous les sentiments d'estime et de vénération où votre personne m oblige; et, si •je n'ai pu être vjotre gendre, au moins serai-je éternel- lement votre serviteur.

ORONTE.

Arrêtez, seigneur Éraste; votre procédé me touche l'âme, et je vous donne ma fille en mariage.

JULIE.

Je ne veux point d'aulrè mari que monsieur de Pour- ceaugnac.

ORONTE.

Et je veux, moi, tout à JHieure, que tu prennes le sei- gneur Érasie. Çà^ la main.

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ACTE III, SCÈNE I3Û 179

JULIE.

• . « ■

Non , je n'en ferai rien.

ORONTE.

Je te donnerai sur les oreiUês.

ifRASTE.

Non, non, monsieur; ne lui Eûtes point de riolence, je vous en prie.

ORONTE.

Cest à elle à m obéir, et je sais me montrer le maître.

ÉRASTE.

Ne voyez-vous pas l'amour qu eUe a pour cet homme- là? et voulez'-vous que je possède un corps dont un autre possédera le cœur?

ORONTE.

Cest un sortilège qu'il lui a donné; et vous verrez qu'elle changera de sentiment avant qu'i]»SQit peu. Don- nez-moi votre main. Allons. ^ #

JULIE.

Je ne. . .

ORONTE.

Ah! que de bruit! Çà., votre maio, vous dis- je. Ah! ah! ah!

Ne croyez pas que ce soit pour ramojrir de vous que je vous donne la main; Ce n'est* que monsieur votre père dont je suis amoureux, et c'est lui que j'épousie.

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i8n M. DE PODRCEAUGNAC.

ORONTE.

Je TOUS 8ub beaucoup obligé ; et j augmente de dix mille écus le mariage de ma fille. Allons , qu'on fasse venir le notaire pour dresser le centrât.

ÉRASTE.

En attendant qu'il vienne, nous pouvons jouir du di- vertissement de la saison , et faire entrer les masques que le brait des noces de monsieur de Pourceaugnac a attirés ici de tous les endroits de la viUe»

SCÈNE X.

TRQUPE DE MASQUES dansahtk et chaotaïits.

us MASQUE, en È^yptUnnê,

Sortez , sortez *de ces lieux ,

Sonois , chagrins , et tristess:) ;

Venez , yenez , ris et jeux ,

Plaisirs , amours et tendresse. Ne songeons qu'à nous réjouir, La grande affaire esrt le plaisir.

CBCBUR DE MASQUES CHAVTAVTf.

Ne songeons qu'à nous réjouir, La grande affaire est Ik plaisir,

VÉGTPTtElVVE.

A me suivre tous.ici , Votre ardeur est ndh coftmiune ; Et TOUS êtes en* souci ' De votre 1>onne Ibrtiine : SojieZk toujours amoureux , C'esrie mojen d*étre htorenx*

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ACTE III, SCÈNE X. tSi

Aimons jusques au trépas f La raison nous j convie.. Hélas l si Von n aimoit pas^ Que seroit-ce de la rie ! Ah! perdons plutétle jour Que de perdre notre amour.

t'ÉOÏPT^EBr. "

Les biens, *

La gIoi»&,

Les grandèutt y l'£otptienhe. Lêê sceptres » qui font tan^ d'e&yi»^

L*^GT.PT;LE.JI. ♦

Tout n'est rten, si Tamoiiv n j mêle ses aftiëurs»'

L*ioTPTiENne. .-'

Il n'est point, sansJ'amoHi^ de plaisirs dans la rie»

». . TOUS DEU^ ENSEMV«B*

Soyons toujours ai^oureujL.,. C'est le moyen cFlb^ hefareus.

\ «HOEIIIl.

Sus f SUS /ckanïo^s^tous jsnSemble , k^nsonflB ,.$aihojis*,JouonMOus*.

jDS MASQUE, en Pantalon,

Lorsque pour tire on s'fs^emble , Les plu% sages , ce me semble , Sont ceux qui sont les plul fous»

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i82 M. DE PODRCEADGNAC. ACTE IH, SC, X.

TOVS ENSEMBLE.

Ne songeons qa*à nous réjouir^ . La grande affaire est le plaisir.

PREMIÈRE-ENTRÉE DE*BALLET.

( Danse^e S9uvages. ] * ..

DEUXIÈME ENTRÉE DE BALLET, f ( Danse de Biscaye^. )

FIN DE M. â^ P0U!IC£AI;GNAC

* ♦'

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REFLEXIONS

SUR

M. DE POURCEAUGNAC.

VJETTE pièce, faite prëcîpîtamment pour une fête que Louis XIV donnoit à Chainbord^ e$t une farce à laquelle Molière n'altachoit aucune importance : c'est une de celles où Pon retrouve le moins de ces idées profondes ({u'il rëpan- doit dans ses moindres' ouvrages. Cependant elle offre encore plusieurs traits de haute comédie f et l'on y reconnoît souvent lecaehet original de Fauteur.

Potnrceaugnac, le jour-même où il arrive à Paris, se trouve livre à des intrigant :.oi>-le berne, on le trompe, on le^joue impunément. Elposé sans défense à une multitude depîëges, cr.tourë sans cesse d'ennemis; ne trouv/int personne qui le soutienne et qui Pëclaire, il est enfin forcé de quitter la partie. Mérîte-t-il ce traitement ?41ji'y a dans son caractère rien de bas ni de vraiment condamnable : on n'y voit que des ridicules qui peuvent s'excuser^ usqu'à un certain point. N'étant qu'avo- cat à Limoges, il veut se faire passer à Paris pour gentil- homme : il a l'imprudence et Ictopt de venir épouser uno demoiselle qu'il n'a jamais vue, sans savoir s'il pourra lui plaire , et sans s'être iyforifië si par hasard^ elle n'a pas une autre inclination. Ces travers sont si communs dans la société, qu'on a fini par ne presque plus les ^apercevoir : on ne s'en moque que lorsqu'ils s» joignent à la sottise ou à la crëdul«té.

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i84 RÉFLEXIONS

Pourceaugnac ^ne mërite donc pas^ comme l'Arare^ d'être puni avec rîgacur; et [es tours sanglants qu'on lui joue passent les bornes. Voilà pourquoi Boileau, qui s'étoit montre le plus zélé défenseur de l'Avaee, blâmoit le sujet de Pou&ceaugnac y tant parce que refTet moral lui paroissoit manqué, que parce qu'il regrettoit de voir un si grand géûie descendre jusqu'à la farce. Cependant il est essentiel de remarquer que Molière , par une réserve digne de son excellent esprit , n'inspire aucun intérêt pour les amants : les caractères d'Ëraste et de JuMe n'ont aucun charme ; et les deux fripons qui conduisent l'in- trigue soQtles êtres les plus vils, puisque l'un est un échappé des galèros ^ et que l'autre a fait des faux.. On ne peut donc pas dire que , dans cette pièce y le parterre applaudisse aux fourberies de Sbrigani et de Nérîne , et les approuve : il rit de la crédu- lité de Pourceaugnac , et méprise ceux qui en abusent. Cet effet paroît devoir suffire dans une pièce de ce genre, quî, en dernier résultjft , fut peut-être à cette époque une leço9 utile pour les provinciaux.

La scène la plus forte de cette pièce est celle où Ëraste per- suade à Pourceaugifac qu'il a passé deux ans à Limoges , et qu'il l'a connu, ainsi que sa fiimille. En suivant la gradation de cette scène, on ne peut s'empêcher d'être frappé du talent de l'auteur. Sans blesser la vraisemblance , sans rendre Pour- ceaugnac absolument stupidé, Molière parvient à lui faire dire ce qu'Ëraste veut savoir, tandis qu'il croit que c^est à lui qu'Ëraste donne tousices détails. Il pe balance plus à croire qu'il a connu autrefois ce jeune homme*, renoue la liaîson qu'il croit avoir eue avec lui , et donne nêfb baissée dans le piège qu'on lui tend. Si toutes les ruses^u'on eiflploic contre Pour- ceaugnac étoient aussi fortement combinées, cette pièce pour- roU figurer au rang des chefs-d'œuvre de l'auteur.

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SUR M. DE PODRCEAUGNAC. i85

Le rôle du premier médecin ne ressemble pas aux carac- tères de ce genre qui se trouvent dans l'amour médecin et dans LE Malade imaginaire. C'est un homme brusque et ex- pëditif , qui ne doute nullen^ent de la certitude de sa docti'ine^ qui is'inquiète peu des suites , et don; la franchise et le sérieux sont très-comiques. La cousultatîoivcst une excellente scène ^ où l'on ne voit aucune charge. Qu'on se figure jun hooime tel que Pourceaugnac entre deu\ médecins' qui dissertent grave- ment sur une maladie qif il n'a pas, qui toufmei^tcnt ce pauvre homme de la meilleure Toi du. mopde ; et Von trouvera qu'il ëtoit impossible de tirer un meilleur parti de sa situation. Il j avoit deux ëcueils« évitefr, l'ennui et la farce exagérée : l'au- teur s'est tenu dans la plus juste milieu.

La scène de la LanguedociennoKît de la Picarde est remar- quable, en ce qu'elle présente lej*deux idiçmes qui ëtoient autrefois en .usage dans le nord et dans le midi de la France : les langages d'oui et d'oc. Quoique Molière ait été obligé de les franciser un peu pour être entendu par le spectateur, on j trouve le véritable génie de ces deux'idionies. Le Hinguedo- cien a de la douceur et de la vivacité ; mais il paroît éloigné de notre langue , et l'on voit pourquoi sqs tournures çt ses lo- cutions n'ont pas été adoptées. Le^picard au contraire semble beaucoup plus conforme à notre esprit et à nos usages : la construction esfr plus claire, la syntaxe plus régulière; et l'on voit qu'il a dû prendre le dessus lorsque la langue françoise s'est formée. Il n'appartenoit qu'à Molière de fournir des ré- flexions de ce genre dans une scî^ne de farce.

On trouve dans le rôle de Nérine une imitation heureuse d'une plaisanterie de Pascal^ Ce grand homme, voulant cou- vrir les jésuites de'ridicule, Rassemble dans une Provinciale plusieurs n.oms bigarres de ces pères, et fait dire à l'interlo-

Digitr^ed by CjOOQiC

t86 RÉFLEX.SURM.DEPOURCEAUGNAC.

euteur étonne : Ces.gens-U ëtoienUib chrétiens? Nërine se moque sur le mCme ton de Poorceaugnac et des Limosins ; «S'il a envie de se marier , dit- elle ^ que ne prend^^il uu« a Limosiue, et ne lais$e*t-il en repos les cbrëtiens? i>

Quoiquen;ette pièce soit dans un genre que Boileau dësap- prouvoit; quoiqu'elle nofire pas, comme les chefs-d'œuvre de Tauteur^ une suite d» vues profondes et de peintures des bi- zarreries du cœur humain, elle est' digue de l'examen des. connoisseurs, qui-pourront y remarquer une multitude de traite d'autant plus admirables, que le sujcfne sembloit